27 mai 2009

Lignes de métro, de vies, de conduite.

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Une rame de RER filant derrière une roller skateuse à la démarche chaloupée, deux lignes (de vie) se croisent dès les premiers plans du film. L'une plus sinueuse que l'autre, c'est celle de Jeanne (Emilie Dequenne, totalement opaque, lumineuse et géniale !) jeune femme un peu désoeuvrée, paumée, en quête de tout, d'un job, d'un mec, d'elle même, sans doute... et puis il y a le monde autour, celui du RER, qui file droit vers un but inexorable, celui de sa mère (Deneuve émouvante) dont le destin semble tracé et inébranlable...

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Il y a deux temps dans le cinéma de Téchiné, celui des 20 premières années, magnifique dans son manièrisme lyrique et sa force d'émotion. et puis, celui des dernières années (depuis Les roseaux sauvages) semblant rechercher davantage l'épure et touchant ainsi plus souvent à une grâce inouie.

La fille du RER appartient sans conteste à cette deuxième partie et pousse même cette fois l'épure jusqu'au mystère:
le film se joue en deux temps intitulés "Les circonstances" et "les conséquences" mais jamais Techiné ne tentera d'expliquer, ni encore moins de "psychologiser" les raisons de l'invraisemblable mensonge de la jeune fille.
La magnifique opacité de sa comédienne principale épaississant même le mystère...
La première partie est absolument magique et l'on y retrouve le génie de l'auteur des Témoins ou des Voleurs. La deuxième n'en est pas moins réussie mais certains personnages me paraissent totalement inutiles dans leur volonté justement à expliquer, condamner ou politiser les faits.
Matthieu Demy et Ronit Elkabetz sont formidables mais leurs personnages font un peu taches dans ce beau mystère tissé dans la première partie.
C'est mon seul bémol sur le film.

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Heureusement Techiné parvient à réintroduire de la grâce en écartant de nouveau le film de toute analyse théorique avec le superbe personnage de Nathan (Jeremy Quaegebeur, charismatique et nonchalant) adolescent mature qui remettra le film dans les rails desquelles il n'auraient jamais du s'échapper, celle du mystère de l'esprit humain, du simple mensonge à la mythomanie. Le film revenant alors à la lumineuse opacité d'Emilie Dequenne et s'achèvant comme il avait commencé: en beauté !

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Corée du noir

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The Chaser est une pure merveille !

Un film largement à la hauteur de son excellente réputation dont on a peine à croire qu'il s'agisse d'un premier film tant il est maitrisé, bourré de bonnes idées, efficace, bouleversant, terrifiant....

Décidément encore une preuve après Park Chan-Wook et Bong Joon-ho que le cinéma de genre coréen est en très grande forme et très inspiré.

Le film partage d'ailleurs un thème commun avec un de ses illustres prédécesseurs, Memories of murder, dans la description sans pitié de l'incompétence et de la bêtise de la police coréenne. A la différence que chez Bong Joon-Ho cela avait une dimension ironique et même comique alors qu'ici, le film baignant dans une constante et étouffante noirceur, cet élément devient au contraire un facteur d'émotion et de suspense incroyable dans le récit.

En effet, tandis que le faux flic/vrai mac s'épuise dans une course folle à sauver une de ses putes agonisante sous les verrous d'un serial killer expert en manipulation, la police n'a de cesse - par son incompétence et sa désorganisation de freiner sa course et de réduire les chances de survie de la jeune femme.

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Le film est haletant de bout en bout et le scénario est rempli d'idées géniales, la première étant de prendre pour héros un personnage qui est, à priori, un salaud, la seconde étant de dévoiler immédiatement l'identité du tueur et de nous laisser assister à toutes les formes de manipulations qu'il exercera sur les policiers afin de ralentir et de faire échouer leur enquête, la troisième - et la plus innatendue - est de faire intervenir dans le récit ce beau personnage de la petite fille de 7 ans qui apporte au film déjà captivant une dimension émotionnelle qui le rend encore plus éprouvant.

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Une autre idée formidable est de n'avoir pas fait l'ellipse sur la violence. Elle est ici très présente, graphique et le début du film est à ce titre assez insoutenable, mais elle s'avère être un des éléments dramatiques qui rend encore plus essentielle la quête du héros autant qu'elle expose l Elle est ici très présente, graphique et le début du film est à ce titre assez insoutenable, mais elle s'avère être un des éléments dramatiques qui rend encore plus essentielle la quête du héros autant qu'elle expose l 'abjection du jeune et beau tueur au visage d'ange.


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La mise en scène est tendue comme un string, le film est constamment surprenant, captivant et brillant et je parierais que ce cinéaste n'a pas fini de nous surprendre car ce coup d'essai est un vrai coup de maitre et hisse directement ce film parmi les plus grands thrillers de ces dernières années.

En tous cas, amateurs de ce genre "d'horreurs", vous en aurez pour votre argent : un bijou, je vous dis !





Torture flics

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Attention, l'habit ne fait pas le moine et le visuel du DVD n'est qu'un pur effet de marketing destiné à surfer honteusement sur la vague Saw/Hostel. On pourrait même penser que W/\Z ne serait qu'un grossier anagramme de SAW alors qu'il faudrait en réalité lire W "Delta" Z... début d'une formule mathématique complexe servant de signature au tueur en série du film.
Alors certes "celui-ci" torture bel et bien ses "victimes" et le visuel du DVD représente un des rares gros plans explicite du film mais celui ci est assez pauvre en gore et décevra de ce point de vue un paquet de pervers voyeurs amateurs de snuff...



On est en effet plus proche d'un thriller un poil glauque à la Cruising de Friedkin ou Le silence des agneaux, toutes proportions gardées.
Le deuxième film de Tom Shankland est juste une très honnête série B, dans la lignée de When a stranger calls de Fred Walton, par exemple, où l'on suit davantage l'enquête du duo de flics que les scènes de tortures elles-mêmes.



Le film est d'une assez belle facture esthétique, sombre et poisseuse et la mise en scène est souvent très habile à faire monter le suspense d'un scénario assez original et crédible, malgré un twist final un peu casse-gueule mais que le génie de l'acteur Stellan Skarsgard parvient à faire passer, de justesse avec une vraie émotion.


Sans être le chef-d'œuvre de l'année, ce W/\Z méritait donc bien mieux que cet indigne sortie directe en DVD et son plan marketing racoleur et hors sujet...

01 mai 2009

Grippage mexicain

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Les médias nous en rabattent les oreilles régulièrement: le Mexique est aujourd'hui devenu un des pays les plus dangereux au monde, entre l'explosion de la délinquance et de la violence, la corruption de la police comme de la justice et le pourrissement des institutions, l'image du pays dans le monde est de moins en moins reluisante... Et ça n'est pas cette vilaine grippe qui va arranger les choses...

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Mais le film prend place dans un "havre de paix", une zone résidentielle paisible et luxueuse cernée de hauts murs et de barbelés qui la protègent de la violence des bidonvilles environnantes
Vu d'en haut dans cette Zona, tout semble n'être qu'ordre et beauté, luxe, calme et volupté...
Mais le ver est si clairement dans le fruit que l'on se demande vite de quel coté du mur se trouve la vraie prison et si la "zone de non-droit" n'est pas forcément celle que l'on croit
Si La Zona avait été tourné dans les années 70, dans la lignée des films d'Alain Jessua (Les chiens, Armaguedon, Traitement de choc), on aurait sans doute parlé de cinéma d'anticipation...

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Mais ce qui glace le sang à la vision du film c'est qu'il s'apparente aujourd'hui davantage à de la télé réalité qu'à de la science fiction... L'usage constant des caméras de surveillance dans la mise en scène en attestant.

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La chasse à "l'homme" qui est au cœur du récit place le spectateur devant tous les dilemmes possibles et le scénario, en démontant rouage après rouage tous les mécanismes qui peuvent pousser des humains à faire les mauvais choix, mène peu à peu à la description sans concession de la naissance d'un système fasciste, totalement protectionniste, régressif et barbare.
Le tout charpenté comme un efficace thriller et en évitant miraculeusement tout manichéisme... les riches ou les flics ne sont pas tous des ordures, et les pauvres ne sont pas tous d'innocentes victimes, en tous cas les choses ne sont jamais aussi simples et le film est plus subtil que cela, plus sombre aussi...

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Je l'ai trouvé, pour ma part tout à fait brillant et solidement mené. Il m'a constamment pris aux tripes.
Un premier film très prometteur !