13 février 2010

Plato-nique ton p'tit frère

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Les Amitiés Particulières de Jean Delannoy, tiré du célèbre roman éponyme de Roger Peyrefitte, narre les amours "pures" et supposées platoniques d'un jeune homme avec un petit garçon dans un pensionnat jésuite dans les années 20.

Je passerais rapidement sur l'élégante et barbante platitude de la mise en scène et sur l'insupportable jeu du jeune Didier Haudepin - parfaite tête à claques et joli visage d'ange, véritable piège à pédophile- pour entrer directement dans le vif du sujet... et d'y pénétrer, bien au fond !

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Le film a sans doute à l'époque, en 1964, du provoquer plusieurs sentiments: Il a pu évidemment apparaitre absolument scandaleux de par la nature même de son propos et de son atmosphère homo-érotique assez troublante, mais il semble surtout probable qu'il ait choqué de par l'image de censeurs pervers et de manipulateurs ambigus attribuée aux prètres "entourant" les enfants et adolescents. Il subit d'ailleurs des pressions de l'église catholique qui le mit à l'index et fut frappé d'une interdiction au mineurs.
Il a sans doute aussi pu apparaitre émouvant pour certains en mal de reconnaissance ou de modèles homosexuels si rares dans le cinéma de l'époque, ce qui peut facilement se comprendre étant donné le contexte de l'époque...
Il a aussi malheureusement - et c'est une réalité - fait figure de caution pour toute une frange de la population dont l'image et les mœurs n'étaient pas alors aussi sévèrement condamnées et stigmatisées qu'elles le sont aujourd'hui: les pédophiles, pour lesquels ce film est l'objet d'un culte véritable mais pas forcément très catholique, comme dirait l'autre !

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En effet, il est tout de même bon de préciser que les amours entre garçons d'ages différents, y compris s'agissant d'un homme adulte et d'un très jeune homme étaient alors encore toutes embuées et auréolées des pires dérives des théories platoniciennes et que "l'initiation" d'un jeune homme par un adulte était encore un des prétextes très en vogue dans les années 40 à 70.
C'est ainsi que les pédophiles se donnaient bonne conscience, qu'ils contournaient les tabous et cela pouvait même être un argument efficace dans la manipulation des jeunes garçons. Je sais de quoi je parle, j'ai copieusement bouffé de toutes ces fumeuses théories ne visant finalement qu'à me farcir la tête.. et à me bourrer le cul au final... CQFD !
Peut-être donc pas si purs que cela dans leurs intentions, les bougres ?!...

Or, il me semble que pour un spectateur d'aujourd'hui, qui n'aurait pas cette culture de ces théories et pratiques ancestrales, le film n'est plus vraiment lisible dans sa vraie nature...

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En effet, Jean Delannoy use et abuse tellement de l'ellipse et de l'euphémisme que ces amours enfantines pourraient finalement apparaitre plus innocentes et pures qu'elles ne le sont et les vrais pervers désignés seraient alors les pères jésuites, qu'ils soient pédophiles ou non...
Mais qui en tous cas verraient le mal là où il ne se trouverait pas... pour faire court...
Or, point d'innocence ni de pureté ici, Delannoy, à l'instar de Peyrefitte, use de subterfuges malhonnêtes pour contourner la censure et donner à son film une odeur de sainteté tout en laissant libre cous à de biens douteux fantasmes.

Les scènes érotiques sont donc "subtilement" camouflées... L'échange du sang ne se fait pas par contact des deux plaies ouvertes mais par la succion, telle un baiser, de la plaie saignante du partenaire... on opposera la perversion libidineuse du prêtre joué par Michel Bouquet qui attire les garçons dans sa chambre la nuit pour leur offrir des cigarettes et de l'alcool en leur parlant de la Grèce... Et les jeux amoureux des deux garçons se limiteront à de furtifs contact de la main, à des roulades innocentes dans le foin... Et le caractère vraiment amoureux et sensuel ne passera que par le texte des billets doux que les jeunes hommes s'échangent mais qui évoquent des baisers, des caresses... Le tout dans un établissement scolaire portant le nom de St Claude ! Un comble, non ?! lol

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Tout cela, pour finir, en prime par sombrer dans un mélo innommable destiné sans doute à émouvoir les foules naïves mais surtout à bien noyer le poisson afin que le spectateur lambda n'y voit que du feu, que les bigots soit heurtés juste ce qu'il faut afin que le film apparaisse un peu sulfureux et que, surtout, les amateurs de jeunes garçons puissent encore y trouver leur compte et y verser quelques larmes... ou quelques gouttes de mouille...!
Sous ces aspects là, on peut dire que le film est une réussite !

Le roman de Peyrefitte présentait un écart d'age de 2 ans entre les deux protagonistes... Georges avait 14 ans tandis qu'Alexandre en avait 12...
Or, ici, si l'écart d'age est le même dans le scénario, certes, l'un est en 4ème, l'autre en seconde, il n'en est absolument rien dans le casting !
Le petit Alexandre, malgré les 12 ans et demi de l'acteur a plutôt l'air d'un petit 6ème de 10 ou 11 ans à la voix fluette et au visage de poupon tandis que Georges aurait bien sa place en Terminale avec un on 17 ans et que l'écart d'age à l'écran est vraiment très frappant, on ne peut le nier...
Et pour moi, très dérangeant... Ce qui était laissé à l'imagination de chacun dans la littérature est ici incarné en chair et en os et ne permet aucune ambigüité...

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Tout cela fait pour moi de ce film une œuvre certes subversive, mais parfaitement hypocrite et vaguement schizophrène, qui s'avance masquée et qui, avec le temps, pourrait même passer aujourd'hui pour avant-gardiste et audacieuse...

Or elle n'est pour moi que très médiocre d'un point de vue artistique et répugnante d'un point de vue moral qui pose la pédophilie en image d'Épinal.

Pour l'anecdote, mais pas seulement, Roger Peyrefitte est tombé amoureux sur le tournage du film d'un petit figurant de 12 ans et demi qui jouait un enfant de chœur et il a entamé avec cet enfant une liaison (sans doute absolument pure, et totalement platonique, n'en doutons point...) de plusieurs années. Il avait alors 57 ans... L'age du rôle ?

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Alors, sachant cela, il m'est vraiment difficile d'avoir la naïveté requise pour croire en la pureté et la sincérité du propos du cinéaste comme de l'auteur...

Restent à mettre au crédit du film, tout de même, un certain courage à traiter d'un tel tabou, même si ce courage est copieusement entâché par une symétrique lâcheté due à son éblouissante hypocrisie...
Mais aussi et surtout la belle et émouvante performance de Francis Lacombrade, dont c'est apparemment le seul film mais qui - si on excepte la préciosité du jeu inhérent à l'époque - livre une composition très subtile et émouvante...
C'est bien peu, néanmoins...

4 commentaires:

Phil Siné a dit…

tiens, j'avais entendu parler de ce film, mais je ne pensais pas que ça allait aussi loin, bien que masqué...
ça fait un peu peur les anecdotes de tournage que tu évoques... enfin je suis curieux quand même... :)

Foxart a dit…

Bah, si le cœur t'en dis... mais je ne le recommande vraiment pas.
Je trouve même que les images présentées ici parlent d'elles même...

Le film a cependant ses amateurs, cf ici:

http://www.tadahblog.com/article-les-amities-particulieres-le-gay-pensionnat-42194816.html

Voisin Blogueur a dit…

Oh oui je reste un amateur :p
Je ne trouve pas ça hypocrite, c'est très dérangeant, malsain même mais en même temps il n'allait pas pousser le vice jusqu'à mettre de l'explicite. Le côté plus subtil est bienvenu étant donné la "liberté" du casting...Bizarre qu'on soit à ce point opposé sur ce film là, j'ai vraiment du mal à comprendre (tout comme toi aussi je suppose ;)

Foxart a dit…

C'est hypocrite en ce sens que c'est, comme tu dis très dérangeant et malsain, alors que - à l'époque, tel que le film a été pensé, écrit etun conçu, il ne s'agissait que d'exhaler une pureté de façade,amour pur entaché d'aucun désir sexué mais cachant mal l'odeur de queue qu'il y avait forcément derrière.(si je puis dire lol)
Ce film serait inconcevable aujourd'hui, non pas parce qu'il expose un tabou, mais parce qu'il le justifie.
C'est ce que j'essayai d'expliquer concernant une forme de légitimation de la pédophilie qui était très répandue à l'époque, jusqu'au années 70 et même 80...

C'est vrai que j'ai relu ta critique et que j'ai beaucoup de mal à comprendre ton enthousiasme mais encore plus de mal à voir le plaisir que tu trouves dans cette démonstration malsaine des vertus de la pédophilie.
Je peux comprendre que la virulence dans ma détestation du film te surprenne, puisque tu l'as aimé, mais c'est au fond assez simpke et ça s'explique tout bêtement par mon vécu personnel... Après tout on juge, on aime ou on déteste les films avec ce que l'on est...
Et moi, ce discours pédophile culturel basé sur de grandes théorie philosophique de la pureté de "l'amour" pédophile, de Platon à Peyrefitte en passant par Tournier ou Gide, me file juste la gerbe... puisque j'en ai été la victime, que j'ai été manipulé par ces beaux discours et que je n'ai compris l'arnaque que trop tard... et bien trop jeune...

Alors forcément...
La pilule ne passe pas quand on me chante l'angélique passion platonique avec une trique mal dissimulée sous la flanelle du bermuda ou de la soutane...
En prime mon père avant moi avait été abusé de la même manière par les jésuites où il était en pension... alors on touche là à une malédiction familiale.

par contre je rêve d'un film sans tabou qui montre avec clarté les tenants et aboutissants de ce discours... Je l'attends toujours, et il faudra peut-être un jour que je l'écrive moi-même, mais je doute malheureusement qu'il soit "productible"...

Le seul film (très réussi !) qui ait touché du doigt cet abus de pouvoir est Elève Libre de Joachim Lafosse qui démontre le pouvoir de la manipulation dans l'éducation...

Mais les justifications littéraires et/ou philosophiques, plus ou moins remises au gout du jour par Peyrefitte, n'ont pas - à ma connaissance en tous cas - été traitées au cinéma.
Et pourtant cette justification culturelle et initiatique de la pédophilie était très en vogue à une époque et reste probablement encore d'actualité.
En dehors de tout ça, la mise en scène est juste atroce... c'est filmé avec un tel balai dans le cul !
Non, vraiment pour moi c'est un film dégueulasse hier, aujourd'hui et ça le restera demain.