14 juin 2010

Petits arrangements avec le mort


click to zoomclick to zoomclick to zoomclick to zoom


Lola de Brillante Mendoza, c'est un peu comme la Rosetta des frères Dardenne qui aurait pris un méchant coup de vieux. En effet, les deux films sont bourrés de points communs, notamment dans le traitement et le récit.
La différence majeure venant du fait que les Dardenne, comme chaque fois, usent avec talent de l'art du suspense dans une mise en scène en perpétuel mouvement, assez essouflante, alors que le film de Mendoza privilégie la lenteur, ici imposée par les corps de ces deux femmes très âgées - pour arriver à un suspense tout aussi prenant.



Lola signifie grand-mère en philippin et il y a deux grand-mères dans le film:
Chacune explorant les limites de ce qu'elle sera prête à faire comme concession et comme compromis pour y parvenir.



On est frappé dès la première séquence par la puissance de cette mise en scène des corps face aux évènements et aux éléments en voyant cette pauvre Lola Sepa et son arrière petit-fils braver la tempête pour venir allumer une bougie sur les lieux du crime en hommage à l'enfant assassiné. Cette scène à elle seule une vaut déjà tous les éloges. Voir cette vieille femme, au visage de carton, tenter en vain et à de multiples reprises de craquer l'allumette qui viendra enflammer la bougie, simplement munie d'un petit parapluie pliant se retournant sans cesse pour lutter contre les vents du typhon est le parfait résumé de tout le film.


La persévérance de la pauvre vieille étonne autant qu'elle force l'admiration.
Tout au long du film, nous verrons Lola Sepa et - de la même façon - Lola Puring, s'échiner contre le destin afin de permettre à leur famille de survivre et de se reconstruire.
Ce parcours sera semé d'embuches, mais aussi de couleuvres à avaler et de magouilles à mettre en place afin que la paix et la sérénité soit retrouvées.



Mendoza, au travers de ce magnifique double portrait de femme, nous offre un panorama assez pathétique de la misère de son pays, mais aussi de la corruption qui le ronge et qui mène autant à sa déliquescence qu'elle lui permet sans doute de survivre, en prenant pour base toute une somme de petits arrangements, avec la famille, avec la morale, avec ses principes, avec la police, la justice, etc...


Et bien évidemment, précisément ici, avec le seul personnage du film qui est constamment évoqué mais jamais montré, pas même en préambule, en photo ou en flashback, celui du mort lui même, qui sera finalement lui aussi l'objet d'un petit arrangement.

Mon premier film de Mendoza, mais assurément pas le dernier: Magnifique !

13 commentaires:

FredMJG a dit…

Comment ?! Tu n'as jamais vu Le masseur ou Tirador ? Voire, Serbis ? Hontatoi :)

Foxart a dit…

Jamais... je prévois une petite flagellation pour ce soir ou tu viens me donner la fessée ?

Par contre je viens d'acheter Le Masseur en DVD... donc, c'est pour bientôt...

eelsoliver a dit…

pas vu... Mais franchement, ta chronique m'a convaincu.

Foxart a dit…

Ah génial !
Tu ne peux pas me faire plus plaisir !
J'espère qu'il te plaira autant qu'à moi et que tu ne seras pas, comme certains, rebuté par la lenteur du film, notamment dans sa première partie.
J'ai hâte d'en lire ta chronique !

Phil Siné a dit…

en effet c'est pas mal du tout... y'a toujours plein de trucs intéressants chez mendoza et sa façon de travailler est assez incroyable... mais je ne sais pas pourquoi, il y a toujours quelque chose qui me bloque pour vraiment adhérer complètement.

FredMJG a dit…

Dans tes rêves la fessée ! Tu risquerais d'y prendre bien trop de plaisir :)
Bon film !

eelsoliver a dit…

en tout cas, j'en prends bonne note et je rajoute ce film à ma longue liste de films à voir !

selenie a dit…

Enfin un film de Brillante Mendoza qui m'a plu !... La caméra est toujours au plus près de ces deux mamies, qui malgré leur âge, dirigent et mènent la bataille du quotidien alors que le malheur leur tombe une nouvelle fois sur la tête. Toute l'émotion du film repose sur ces grand-mère et leur visage où toute leur émotion transparait. Par contre le montage n'assume pas le parallèle entre les deux grand-mères, le partage, autant dans le scénario que dans la durée à l'image n'offre pas une égalité entre les deux mamies. Cependant c'est un très beau film, plein d'humanité et de courage.

pinksataniste a dit…

Tu me le fais découvrir, enfin pas totalement, je ne l'ai pas trouvé sur le net (le nombre de salles est ridicule, voir allociné). Je pense que ça pourrait tout à fait me plaire, l'affiche est magnifique en tout cas.

Foxart a dit…

Fred> A y est ! J'ai vu Le Masseur, et j'ai beaucoup moins aimé... c'est pas mal mais un peu lourdingue dans la deuxième partie...
J'ai reçu le DVD de Serbis ce matin, en prime ;-)

Phil> Peut-être cette volonté un peu trop voyante de "démontrer" quelque chose, notamment par sa mise en scène, qui tient un peu le spectateur à distance... j'ai ressenti ça dans Le Masseur...

Sélénie> Je ne suis pas d'accord quant à l'équité de traitement... la deuxième Lola a sa part du gateau dans la deuxième partie... Et même si les moyens utilisés sont différents elle galère tout autant...

Olivier> Cours Forrest, cours !!! lol

PS> Oui, l'affiche est belle en effet !
Pour le nombre de salle, c'est sans doute du au fait que le film soit déjà assez ancien (deux mois environ), je l'ai vu dans le circuit Art & Essai provincial... toujours un p'tit décalage horaire ! ;-)

princécranoir a dit…

Bien aimé ce film (même si le filmage physiologiquement éprouvant m'a qq peu tenu à distance). En tous cas j'adore ce titre finement emprunté à Mme Ferran

Foxart a dit…

Merci !

J'adore TOUS les films de Pascale Ferran, ceci explique cela ;-)

Foxart a dit…

J'ai depuis découvert aussi Kinatay (épatant) et surtout Serbis !! Génial, virtuose, novateur !!!