06 juin 2010

Why are you wearing that stupid man suit ?



Donnie Darko - Richard Kelly - 2002


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En 2002, un jeune réalisateur sorti de nulle part offrait au monde un véritable ovni en créant le film adolescent le plus métaphysique, le plus déroutant, le plus brillant et le plus émouvant qui soit.
Donnie Darko était né au monde et était quasi-instantanément devenu film culte.
Ce véritable petit chef d'œuvre s'avère aujourd'hui, à la lecture des deux films suivants de son auteur, la préfiguration d'une grande œuvre à venir et se révèle un film inépuisable, toujours capable de fasciner, d'émouvoir et d'interroger sans jamais perdre une once de son mystère.



Richard Kelly parvient en quelques plans à faire exister de vrais personnages, à créer une atmosphère unique et mémorable et à fonder un univers qui tient à la fois du film de genre et d'une réflexion beaucoup plus subtile sur le temps, la vie, la mort, la jeunesse, la politique, l'éducation, la bigoterie, etc... sans jamais s'appesantir des oripeaux du film à thèse chiant ni d'une démagogie simpliste à destination du jeune public.
C'est sans doute pour cela que le film aura su séduire tout type de public, des plus cinéphiles au plus "mainstream", tous ages confondus, s'attirant les louanges d'une bonne partie de la critique et assurant un succès public qui ne pouvait qu'engendrer la velléité d'une saga pour les producteurs du film.



Disponible en DVD Zone 2 chez Metropolitan Filmexport (VOSTF et VF) et dans sa version director's cut en Zone 1 US chez 20th Century Fox (sous titres anglais) et en Zone 2 UK chez Metrodome (sans sous-titrage)


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Donnie Darko 2 (S.Darko : A donnie Darko tale) - Chris Fisher - 2009

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D'emblée, Richard Kelly s'est opposé avec beaucoup de virulence à un projet de suite à son film, considérant qu'il formait à lui seul un tout cohérent et qu'une séquelle n'avait aucune raison d'être.

S.Darko, la suite finalement produite et qui sort ces jours ci en DVD chez nous après plus d'un an dans les tiroirs, nous parvient précédée d'une rumeur pour le moins calamiteuse...
Mais lorsque l'on connait l'intolérance et la virulence des fans dès que l'on touche à l'objet de leur culte, on ne pouvait que considérer cette rumeur avec méfiance et avoir le désir de juger sur pièce et par soi même de la qualité du film...



Dans les bonus du film, se trouve un making of dans lequel sont évoquées les oppositions viscérales de Kelly et des fans de Donnie Darko et chaque participant au projet semble à la fois exprimer avec force démagogie sa déférence au film original et à son auteur, mais également déclarer, tous, du scénariste aux acteurs en passant par le réalisateur lui même, leurs réticences fondamentales à donner une suite au film quasi-mythique de Richard Kelly...
Reticences vite balayées par une pirouette dialectique:
puisqu'il est - de l'avis de tous - impossible et peu souhaitable de donner une "suite" à Donnie Darko, nous ne le ferons donc pas !
Et S.Darko, qui reprendra le personnage très secondaire de Samantha, la jeune soeur de Donnie (et sa comédienne, 7 ans après, devenue une jolie jeune femme) ne sera donc pas une suite, mais un "prolongement" pour reprendre leur terme exact... Un genre de "Spin of" en quelque sorte...



Tout est dit, la suite du making of ne fait qu'exposer davantage l'ineptie et les nombreux contresens du projet, chaque protagoniste ayant toujours l'air de s'excuser par avance, et - surtout - tous parlant d'un film qu'ils n'ont pas vu puisque les interviews sont évidemment réalisées en plein tournage alors que nul n'a encore la moindre idée de ce que sera le "produit" fini...

Et, malheureusement, on ne peut que déplorer par avance leur désillusion à la découverte du film qui s'avère, pour le coup, tout à fait à la hauteur de sa triste réputation.

Le résultat est même assez consternant, pour tout dire, car, en fait de "prolongement" à Donnie Darko, on se retrouve devant un drôle d'objet, copié-collé quasi à l'identique du film de Kelly tant esthétique que narratif, éludant étrangement tout ce qui en faisait l'essence et la valeur du premier opus, en les escamotant au profit d'une idéologie douteuse, d'un scénario souvent absurde, de personnages tous creux, voir inexistants, joués par des comédiens à la limite de l'amateurisme et dans une mise en scène d'une platitude rare.



Je développe un peu:

Ce qui faisait la profondeur de Donnie Darko résidait, entre autre, dans sa faculté à capter, même de manière stylisée, une réalité du malaise adolescent, du rapport fraternel, de la cruauté humaine, de la faillite de l'éducation, du fanatisme bigot, de la cellule familiale confrontée à la perte d'un membre, etc...
Le tout imbibé d'une nature fantastique pure inspiré de la schizophrénie même de Darko autant que de ses réflexions métaphysiques et existentielles sur la mort, l'espace et le temps, parfois obscure mais jamais creuses que le film de Kelly distillait avec parcimonie et intelligence, avec une science du mystère tout à fait remarquable.

Dans S.Darko tout cela parait si lourd et artificiel, opérant un schéma narratif des plus rebattus et se payant même le luxe d'une happy end dans son déroulement "Deuil-errance-résilience-investigation-sacrifice-rédemption-réparation-résurrection"...



Dans Donnie Darko, chaque personnage, même secondaire était traité avec épaisseur et chacun semblait être une partie du puzzle et trouvait finalement sa place dans le film lors de son épilogue. Ici, le film procède à l'inverse, en cherchant, dès les premières minutes, à réunir le plus de corps adolescents possible (façon Twilight ou destination Finale) dans le récit, tous plus creux et caricaturaux et tous très mal interprétés (à l'exception de Briana Evigari, plus convaincante) à tel point que l'on s'attend à tout instant à voir débarquer le Jason Vorhees ou le Freddy Krueger qui daignera les couper en rondelles...
Les acteurs et personnages adultes ne relevant guère le niveau (sauf John Hawkes) et le manque d'épaisseur sera révélé cruellement par la vacuité d'un épilogue totalement calqué sur celui de Donnie Darko où l'on voit défiler tous les personnages du film, à ceci près que ce qui prenait sens et était bouleversant dans l'un, apparait totalement vide de toute moelle dans l'autre et n'apporte absolument aucune signification par ricochet à l'ensemble du récit.


Le scénario étant - sans doute par excès de déférence envers son modèle - d'une bêtise déconcertante, se contentant de reprendre chaque élément du récit initial, en le twistant à peine pour tenter de donner l'illusion d'un autre film.
Donnie Darko est un garçon, ici, S.Darko est une fille, Darko sature ses bleus nuits dans une esthétique des plus ténèbreuse, ici c'est le plein soleil sursaturé de l'Utah qui domine, le personnage de supercoach pédophile de Patrick Swayze devient ici un pasteur prosélyte totalement fou de Dieu et suspecté tout au long du film des pires crimes...
Et ce jeu des comparaisons pourrait durer tout le temps du film tant la copie est grossière et maladroite.
Mais malheureusement, la mise en scène(tantôt "clipesque" et tantôt road movie à la Thelma & Louise) très peu inspirée, ne parvient jamais à transcender son matériau, bien au contraire, elle semble sans arrêt, notamment par ses effets ridicules, en trahir l'absolue vacuité...



A commencer par la symbolique religieuse et politique, sous texte très clair, très appuyé, bien peu subtil et le plus discutable du film. (Attention spoilers...)
Le personnage du pasteur, ancien délinquant repenti est pressenti durant tout le film comme l'auteur présumé des enlèvements et des meurtres de jeunes garçons... et pourtant, il n'en est rien, et il ne s'avère finalement être qu'un pauvre type, juste un peu "douteux" car titillé gentiment par sa libido et en simple quête de rédemption. Elle lui sera accordée finalement quand, lavé de tout soupçons, il s'en ira littéralement cultiver son jardin, devant lequel trône le christ en croix, acompagné de sa jeune recrue, elle aussi pècheresse (Marie-Madeleine ?) en quête de rédemption se raccrochant au Christ pour trouver sa voie en portant un bracelet disant "What would Jesus do ?" (Que ferait Jésus ?)

Le personnage d'Irak Jack (!!!), jeune vétéran de la guerre en Irak (et accessoirement petit fils caché de Roberta Sparrow, la "Grandma death" du premier opus...encore une riche idée !) , fera, lui, le sacrifice de sa vie pour sauver le monde (littéralement...) orné de la fameuse tête de lapin (La pire idée du film de reprendre le lapin!) à laquelle il aura ajouté une couronne "d'épine" en barbelé clairement christique.


Le film ayant été produit en plein règne de George Bush Jr, en pleine campagne présidentielle et étant produit par la Fox, principal soutien républicain par le biais de Fox News, on peut alors légitimement s'interroger sur le sous-texte politique et religieux du film (même si celui ci n'est finalement sorti qu'après la victoire démocrate de Barack Obama...).

D'autant plus que ces allusions religieuses et politiques étaient beaucoup plus fines et ambigues dans le film de Kelly, permettant ainsi des interprétations plus ouvertes et très variées.
Ici, à trop vouloir prémâcher toute pensée, sans doute par mépris pour le public adolescent à qui il se destine clairement, il finit par ne s'adresser qu'à une toute petit frange de la population pas trop futée ou acquise à sa cause, et à en exclure d'emblée tout spectateur doté d'un cerveau en état de fonctionner.

Aucun film ne gagnera jamais à prendre son public pour des imbéciles en lui dictant sa loi...
Et la cabale que subit le film depuis sa sortie aux USA - notamment par un public adolescent qui n'a aucun moyen de s'y reconnaitre et qui ne peut que s'y ennuyer - n'est malheureusement pour cette pauvre Samantha Darko qu'un juste retour de boomerang.

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Un Donnie Darko 3 étant vraisemblablement en préparation, il ne reste plus qu'à espérer que les producteurs en tirent les leçons et cherche cette fois à tirer le projet vers le haut car, faute de quoi, à défaut d'avoir sauvé le monde, ils auront détruit un mythe...

Mais pas le chef d'oeuvre de Richard Kelly, car Donnie Darko reste, malgré l'indigence, la superficialité et l'absence de talent de sa sœur Samantha, d'une beauté sombre immaculée, nullement entachée par ce tout petit film, trop insignifiant pour lui faire aucune ombre.

Le crachat du blaireau n'atteint pas le noir corbeau...


Bonus: Outre le traditionnel making of, ici assez édifiant et déjà évoqué plus haut, une demi-douzaine de scènes coupées sans grand intérêt, une petite featurette sympatoche et rigolote sur l'enregistrement d'une chanson inspirée par l'Utah à l'acteur John Hawkes et la bande-annonce du film.



Donnie Darko 2 :

Un film de Chris Fisher avec Daveigh Chase, Briana Evigan et Jackson Rathbone.

Distribution : Fox – Pathé - Europa

Fiche produit boutique

Date de sortie : 02/06/2010

14 commentaires:

eelsoliver a dit…

Je savais qu'une suite était annoncée mais je ne pensais pas qu'ils oseraient... Si j'ai l'occasion, je le regarderai mais bon, quand je lis la chronique, je m'attends au pire.

Pascale a dit…

Honte à eux !
Qu'ils pourrissent en enfer.
Rien que de voir Donnie Darko 2 ça fait rigoler non ? Il y a des films qui ne tolèrent aucune suite.
Et reprendre Franck non mais où va le pauvre monde !!!

Bref,
fais attention quand même on ne dit pas "Donnie Darko est une garçon" mais UN garçon :-)

pinksataniste a dit…

Je ne vais pas me lancer parce que celui-ci mériterait une seconde vision et je crois qu'il faut être en bon état pour que rien ne nous en échappe. Grand film, grosse claque, c'est certain.
Quand à cette situation, "le crachat du blaireau", d'ou ça sort déjà ?

Foxart a dit…

Olivier> je ne peux que t'inviter à te faire une idée par toi même... Et si tu aimes ça, tu reviendras m'expliquer tes raisons et il y aura au moins débat...
Perso, j'ai choisi de revoir Donnie Darko juste avant de découvrir S.Darko et ça ne joue vraiment pas en la faveur du second, mettant notamment en valeur cette impression désagréable de copié-collé maladroit.
Tant qu'à lui donner une petite soeur, il aurait été bon de la faire totalement différente, façon saga Alien, par exemple... de la violer un p'tit peu en fait...


Pascale> Donnie Darko 2 est le titre d'xploitation DVD en France uniquement, le titre original étant S.Darko : A Donnie Darko tale.
Il faut dire, à leur décharge, que le film a été tellement accueilli fraichement aux USA et qu'il est précédé ici d'une tellement mauvaise réputation que le changement de titre au profit d'un titre plus... "commercial" pour rester poli, reste leur seul chance de vendre le film...
Après tout, ça n'est pas la faute du distributeur si le film est mauvais...
Sinon, Franck n'y revient pas, je te rassure, c'est Irak Jack qui se soude un masque de Franck dans un hangar, inspiré des dessins de Donnie dans le livre de Roberta Sparrow... mais ceci dit, c'est quand même une des idées les plus ridicules du film...

"UNE" garçon... joli lapsus lol

PinkSataniste> La beauté de Donnie Darko est que justement, quand tu crois le tenir, il y a toujours quelque chose qui t'échappe...
C'est un film vraiment comme régénéré à chaque vision.
Magique !

"Le crachat du blaireau", ça sort de mon cerveau embrumé qui a passé deux heures à rédiger ce texte achevé à une heure du matin...
A moins que mon subconscient ne m'ai soufflé cette phrase tirée d'autre chose, mais je ne crois pas...

eelsoliver a dit…

En même temps, si ça me fait la même impression que pr l'effet papillon 2 (une douleur de type anale), il y a peu de chance pour que je défende ce donnie darko 2. Ca a l'air très mal parti, mais sait-on jamais...

selenie a dit…

L'ambiance du film est une grande réussite, lourde et mystérieuse elle place du même coup un joli suspense même si les quelques longueurs atténue sensiblement cet effet jusqu'au dénouement... Réussit et efficace certe mais qui renvoie obligatoirement à des fins similaires ("L'armée des 12 singes notamment). Un très bon film, plus métaphysique que schizo, mais un poil surestimé à mon goût.

Foxart a dit…

Olivier> A la différence majeure que L'Effet papillon (que j'aim beaucoup, d'ailleurs) n'est pas un chef d'oeuvre...
Et je n'ai pas vu sa suite...

Sélénie> tu parles de quel film ?

Si c'est de Donnie Darko, je trouve, au contraire qu'il est globalement très sous-estimé par la majeure partie de la critique et des cinéphiles... C'est le "vrai" public qui a célébré ce film et qui lui voue un culte...
Mais le cinéma de Richard Kelly divise beaucoup en général...
Cela se confirme et s'affirme avec les deux films suivants...
Il y a ici même dans les commentaires, de violents détracteurs (et tractrices...) de Southland Tales et The Box !

eelsoliver a dit…

en effet, le 1er effet papillon n'est pas un chef d'oeuvre, c'est un bon film mais les suites sont très dispensables (pr être gentil...)

Foxart a dit…

LES suites... bah je ne savais même pas qu'il y en avait plusieurs...lol
Par contre, je n'avais jamais pensé à rapprocher les thématiques de L'Effet Papillon et celles de Donnie Darko... Or il y a évidemment des rapprochements à faire, toutes proportions gardées.

Phil Siné a dit…

ah oui toi tu n'y vas pas par le dos de la cuillère... ça casse ! :)
c'est vrai que la comparaison avec le film de kelly n'est juste pas possible, du coup j'ai pris le parti de voir le film sans trop y penser... mais si tu as vu les 2 à la suite, ça ne doit pas être chose aisée...

Foxart a dit…

Bah, mon chéri n'ayant jamais vu Donnie Darko, j'étais bien obligé...
je n'allais quand même pas lui infliger Samantha sans lui avoir fait découvrir Donnie...

Et du coup, le film est encore plus horripilant, c'est sûr, notamment parce que le coté copié-collé, parfois plan par plan du premier opus est très flagrant.
Ceci dit, le film est tellement mauvais que même sans ça, j'aurais eu du mal à être indulgent...

Mais tu ne trouves pas que cette symbolique christique, associée à l'idée de la guerre en Irak par le biais du personnage d'Irak Jack de son sacrifice, de la couronne d'épine dont il affuble la tête de lapin, de Samantha crucifiée au sol à deux reprises (chaque fois qu'elle meure...) en plus de la crucifixion de l'affiche c'est un peu... énervant ?!

selenie a dit…

Je parlais bien de "Donnie Darko"... Je n'ai pas vu le 2 mais comme la plupart des suites je ne m'attends pas à grand chose.

"L'effet papillon" et "The box" sont d'ailleurs, eux aussi, surestimé. Je ne nie pas leur qualité mais ça reste des films dans la bonne moyenne d'un bon cinéma commercial, rien de très transcendant.

Pascale a dit…

Remercions aussi le réalisateur de nous avoir offert Jake Gyllenhaal en pâture, c'est bon, c'est une très jolie garçon !

Foxart a dit…

Et James Duval dans le rôle de Franck... ne l'oublions pas !