02 juillet 2010

La bite dans les nuages



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Au début des années 90, Steven Russel est flic, bon père de famille et chrétien modèle, mais toute sa vie n'est qu'un mensonge : Un passé douloureux d'enfant adopté et une double vie gay.
A la faveur d'un accident de voiture il décide de vivre sa vie au grand jour et de s'assumer pleinement. Mais la mythomanie et l'imposture semblent désormais inscrits dans ses gènes et il devient un escroc de plutôt belle envergure avant d'atterrir immanquablement en prison où il rencontrera l'amour passion en la personne du dénommé Phillip Morris.



Le prégénérique nous indique que cette histoire est vraie, et insiste lourdement par un "vraiment vrai" pas inutile si l'on considère l'histoire totalement invraisemblable que le film nous raconte.
Et pourtant, même si, lorsque le film s'achève,on a du mal à y croire, ces Steven Russel et Phillip Morris ont bel et bien existé, ils sont toujours vivants et l'un d'entre purge d'ailleurs encore sa peine de prison à l'heure actuelle.

L'imposture est vraiment un thème béni pour le cinéma tant il offre des personnages inquiétants, mystérieux, fascinants et cocasses.
Spielberg et son brillant "Attrape moi si tu peux", avait d'ailleurs récemment traité d'un cas assez similaire sur le même mode de la comédie. Si le premier film des John Requa & Glenn Ficarra n'atteint tout de même pas à ce degré de virtuosité, il s'avère tout de même, derrière son esthétique du mauvais gout assumé, un film d'une subtilité plus grande qu'il n'y parait.



Dans son style, d'abord, le film opère un étrange crossover entre comédie triviale, comédie romantique et mélodrame assez surprenant. Car derrière ce film solaire, lumineux, kitsch et acidulé se cache un vrai mélo romantique et le portrait d'un personnage plus sombre qu'il n'y parait.



Le personnage de Jim Carrey, fruit d'un mensonge et d'un abandon, a construit tout son schéma de vie sur un simulacre et ignore lui-même qui il est. Cette vérité ne lui sera révélée que par sa rencontre amoureuse avec ses deux amants, le premier Jimmy (Rodrigo Santoro, formidable !) et par dessus tout l'amour de sa vie, en la personne de Phillip.
On pourrait voir le film comme une métaphore de l'homosexualité "du placard" éternellement condamnée au mensonge, même lorsqu'elle s'affiche au grand jour, puisque les fondations du personnage lui même reposent sur des leurres, mais le film ne s'aventure pas sur ce terrain glissant (hélas...) restant dans un "politiquement incorrect" plus modéré, s'amusant néanmoins souvent à perdre le spectateur dans un récit peu linéaire et surtout bardé de flashback menteurs, en le manipulant avec la même dextérité que le ferait le personnage escroc du film.
Et se jouant d'une imagerie gay d'un tel mauvais gout qu'elle en devient finalement très politiquement incorrecte pour la communauté gay qui aura grand mal à s'y identifier (le boy friend chemise ouverte, tous abdos dehors, la boucle de ceinture Versace en or et les chihuahuas à Miami...). Ce qui explique sans doute que le film ait fait grincer les dents de plus d'un gay...



Mais par ailleurs, le film impose cette esthétique avec une vraie intélligence, le personnage, nourrit toute sa vie de frustrations, explose ici dans un excès de bling bling assez vraisemblable.
La prison, est étonnamment colorée, solaire, lumineuse et feutrée, presque sans violence montrant le peu d'attrait des auteurs pour un réalisme glauque mais leur audace à oser l'acidulé, là où d'autres y auraient mis du vitriol. Après tout, puisque ce lieu est celui d'une folle idylle et qu'il n'est qu'un nid d'amour pour ces deux tourtereaux, pourquoi ne pas oser le définir visuellement comme tel.

Jim Carrey interprète ce personnage avec beaucoup de conviction et de talent, même si on aurait pu souhaiter le voir un peu plus sobre, d'autant que le personnage contient déjà tant de richesse sans forcer le trait, tantôt détestable, brillant, impardonnable dégueulasse, sincère et bouleversant que l'on rêve d'un Carrey tel qu'on a pu le découvrir dans Man On The Moon, notamment...
mais c'est Ewan Mc Gregor qui étonne, ici encore, par la subtilité de son jeu et ce qu'il fait de ce beau rôle de Phillip Morris, tout dans ses expressions, sa gestuelle, sa voix... confère au personnage une profondeur, une émotion et une séduction étonnante, Mc Gregor démontre ici encore l'acteur intègre et doué qu'il es et c'est un vrai plaisir de l'admirer...


Sans être le chef d'oeuvre de l'année, I Love you Phillip Morris est une comédie romantique très réussie et attachante qui méritait amplement cette savoureuse séance de rattrapage.



Les Bonus:

Frustration totale, on a droit à un making of tout maigrichon ne donnant finalement pas grand chose à voir du tournage lui même.
A trois interviews issues de press junkets dont seul celle d'Ewan Mc Gregor nous éclaire un peu sur ce qui aurait vraiment passionné tout le monde et qui fait cruellement défaut dans ces bonus: la véritable histoire de ces deux hommes et notamment celle de Phillip Morris.
Le reste est très convenu et on assite à la distribution de médailles habituelle.
La conférence de presse éclair n'ajoute rien et la pauvre avant première où les "people" invité sont juste venus en groupie voir Jim Carrey touche même au néant.
Un vrai doc, même court sur les vrais héros ayant inspiré le film eut été passionnant, de même que des infos sur les raisons pour lesquelles ce film a eu tant de mal à se monter financièrement, sur les choix esthétiques, les costumes, etc... Mais de tout ça, hélas, NADA...

I Love You Phillip Morris :

Un film de Glenn Ficarra et John Requa avec Jim Carrey et Ewan McGregor

Distribution : Fox/Pathé/EuropaCorp

Fiche produit boutique Fox France

Date de sortie : 16/06/2010