31 octobre 2010

Mid-Life Crisis




Sorti en 2007 en DVD aux USA et toujours inédit chez nous Sublime, de Tony Krantz est un véritable chef d'œuvre uniquement disponible en DVD Zone 1 et sans sous- titres français.

Dieu merci, certains Ali Baba du Net ont des sésames vers des cavernes aux trésors insoupçonnées et m'ont permis ce matin de prendre une très très grosse claque devant ce film choc qui hisse pour moi directement son auteur au rang des cinéastes à suivre à la trace.



Difficile d'évoquer l'histoire sans en déflorer les multiples tiroirs...
Disont qu'il s'agit d'un homme qui - au lendemain de ses 40 ans - va subir une simple coloscopie de routine et pour qui les choses vont... mal tourner...


La mise en scène - absolument brillante - a l'incroyable intelligence d'opérer une oscillation permanente entre une réalité troublée par la fièvre, des délires morphiniques, le fantastique pur et le cauchemar gore, tout en restant d'une sobriété et d'un réalisme étonnant - créant ainsi un véritable trouble et un immense malaise chez le spectateur - tout en maintenant un rythme d'une extrême lenteur, quasi contemplative mais sans jamais générer le moindre ennui.


Pourtant, là où le film dépasse de loin le simple film de genre et parvient à toucher véritablement au "sublime", c'est dans son sous-texte psycho-social tout à fait pertinent dans lequel il parvient à la fois à faire le portrait d'un homme (magnifiquement interprété par Thomas Cavanagh) et à toucher à l'universel en parlant tout simplement de la vie, de la mort, de la douleur, de la famille et de la condition humaine en général.
Et surtout c'est une réflexion profonde et sensible sur ce que c'est d'être père, un mari, un mâle, blanc, libéral, chrétien dans l'Amérique de George Bush Jr...

Une vraie leçon de cinéma !


Le film est cependant à déconseiller vivement aux hypocondriaques de tous poils et aux personnes s'apprêtant à faire un séjour à l'hôpital, ils risquerait fort d'avoir le sommeil perturbé par cette expérience totalement hypnotique, réellement cauchemardesque et profondément angoissante.

Les autres... à vos "Google searches" !!!


L'esprit de la forêt




Ours d'or grandement mérité à Berlin cette année, Miel est le troisième volet (après Oeuf et Milk) d'une trilogie consacré au personnage du poéte Yusuf et qui en raconte ici l'enfance.



Comme le dit Semih Kaplanoglu, le metteur en scène, le miel est à prendre ici comme une métaphore de l'esprit de la forêt, à la fois sucré et amer et qui constitue également - je cite - "l'essence du héros".


Le film évoque l'opposition de l'éducation au sens scolaire du terme et de l'apprentissage par l'expérience transmise à l'enfant par son père (par la mère aussi, même si elle reste un personnage un peu en retrait) qui s'adresse directement à ses cinq sens, à l'observation de son environnement et de ses proches, à l'apprentissage de gestes techniques de l'apiculture ou de la récolte du thé, ou à une connaissance encyclopédique des fleurs et des plantes environnantes.



Il est surtout un magnifique portrait d'enfant, joué par un jeune comédien absolument extraordinaire de naturel, de sobriété et au regard d'une profondeur inouïe et ce très beau film dépeint comme jamais une belle relation père/fils véritablement touchante et d'une grâce bouleversante à chaque instant.


Mais il est aussi dans sa seconde partie le récit de l'apprentissage de la vie et de la mort, de l'expérience de l'absence, de l'inquiétude, du manque et du deuil avec pour toile de fond ces paysages sublimes et cette forêt mystérieuse, vibrante et insondable, à la fois nourricière, protectrice et menaçante.


Un film visuellement sublime, à,la mise en scène d'une beauté et d'une sensibilité rare, qui s'adresse directement aux sens du spectateur, autant qu'à son âme et à son cœur.

A voir absolument.

« Limpide, élégiaque, radieux dans sa manière d’évoquer les épreuves de Yusuf, le cinéma de Kaplanoglu apaise, fascine, grandit. »
Le Monde


« C’est un regard de gosse sur le monde. Un regard intense, émerveillé, parfois désespéré. (…) Hymne à la beauté de la nature et de la création, film sur l’enfance et la douleur de l’absence du père, Miel avait toutes les qualités pour remporter l’ours d’or en février à Berlin. »
Libération


« Un film plein de secrets, un pur trésor d’enfance. »
Le Figaro


« Une lueur rare, éblouissante, qui grave dans nos cœurs une émotion originelle. »
La Croix


30 octobre 2010

The Bitter end




Lors de sa sortie cet objet cinématographique inclassable a tellement déconcerté et divisé la critique que certains ont volontiers déclaré que ce film "expérimental" avait davantage sa place dans les musées que sur les écrans de nos salles de cinéma. Une façon de l'ostraciser parce que l'on arrive pas à s'en saisir. Gus Van Sant avait, dans une démarche certes bien différente, déjà fait les frais de ce type de traitement avec son pourtant superbe Psycho il y a quelques années.


D'autres avaient réduit cette œuvre majeure a un simple hommage séduisant et appliqué à un genre lui même ultra codé et bien défini qu'est le Giallo italien des années 60 à 80. Ne voyant pas au delà de leur museau qu'Amer dépassait largement le simple hommage citationnel à un genre.

Évidemment tout cela n'est pas faux, mais Amer se situe bien au dessus d'un simple exercice de style un peu vain ou de l'œuvre de deux fans nostalgiques. Il est même d'une originalité et d'une modernité qui le placent d'emblée parmi les plus grands films vus cette année !


Et si, pour commencer, Amer était déjà tout simplement un film d'horreur, un film de genre, au sens le plus noble du terme. Du niveau de ceux qu'Argento ou Bava avaient pu produire au temps de leur splendeur. Suspiria ou La Baie sanglante sont aujourd'hui enfin reconnus à leurs justes valeurs, en tant qu'œuvres cinématographiques majeures, mais personne ne penserait qu'ils ne sont pas - avant tout - de remarquables et terrifiants films d'horreur. L'art, le cinéma d'auteur et l'horreur seraient-ils donc si antinomiques... Je n'arrive pas à croire qu'on en soit resté à des considérations aussi académiques du cinéma...

Le problème est sans doute que dans Amer comme dans Suspiria, la peur ne vient pas d'un quelconque processus narratif, d'enjeux psychologiques ou d'une identification à tel ou tel personnage, mais bel et bien du cœur même de la mise en scène.
Si l'on prend en exemple la magistrale scène d'ouverture de Suspiria, on en a là une illustration flagrante.
Comment faire naitre la terreur d'un plan sur des portes automatiques qui s'ouvrent, du vent qui s'engouffre sous une robe, d'ombres dans les arbres, de la pluie battante, alors qu'on ne sait rien des enjeux narratifs du film, de ses personnages, etc...
La première partie époustouflante d'Amer est du même tonneau, on ne sait rien de cette fillette et de sa famille et la trame narrative est réduite à son strict nécessaire, toute l'angoisse naissant absolument et strictement de la simple (?) mise en scène, du mouvement, de la composition des plans, de l'utilisation admirable du son, de la couleur, de la musique (Stelvio Cipriani, Ennio Morricone, Bruno Nicolai...) et évidemment du travail de montage qui est véritablement impressionnant tout au long du film.


L'angoisse est pourtant bien présente, et profonde, un peu comme si l'on pénétrait le cauchemar d'une personne inconnue et en ce sens, le film est tout autant dans une filiation avec Cronenberg ou avec un surréalisme à la Buñuel qu'avec le Giallo. Cet aspect onirique est d'ailleurs une part très importante du film puisqu'au fil du récit la mise en scène se sert de cette confusion entre le rêve et la réalité comme d'une invraisemblable passerelle entre les différents âges de cette fillette/adolescente/femme sans qu'aucune rupture ne se fasse sentir pour le spectateur malgré l'opposition chaque fois radicale des codes visuels utilisés. On passe sans problème, alors de la complexité d'une architecture hantée et labyrinthique (évoquant de grands chefs d'œuvres tels que 6 femmes pour l'assassin, Suspiria, Inferno et surtout Profondo Rosso) à la surexposition solaire écrasante et à un érotisme torride évoquant d'autres pans du genre autant qu'il convoque le polar, le cinéma érotique ou le film de Bikers, puis à une nature crépusculaire faite de ronces agressives, de lumière de lune et de paysages impériaux.


Le tout semblant uniquement et aléatoirement guidé par la psyché de cette femme, son univers mélé de peurs, de désirs, de fantasmes de viol ou de meurtre qui compose alors une lecture de l'oeuvre à un tout autre niveau:
Et si le film traitait alors clairement de la Féminité, des obsessions les plus obscures et refoulées, des peurs primales, de l'ambivalence du sang, des désirs secrets, des fantasmes extrèmes, du pouvoir d'attraction sexuelle, du rapport difficile à la mère et à la mort... ?

En cela Amer dépasse de loin le simple film d'horreur et propose un champ de lecture multiple propice à la réflexion et à l'interprétation comme seuls ont pu le faire par le passé des artistes comme David Lynch, notamment dans des oeuvres telles qu'Eraserhead, Lost Highway ou Inland Empire.


Quand au final, éblouissant, que je ne dévoilerais pas ici, il m'évoque bien plus The Devil in Miss Jones que le Giallo à proprement parler. À la différence qu'au lieu de s'enfiler des gorges profondes au kilomètre, Ana rêve de fuite interminables dans des espaces clos, de poursuites freinées par des ronces, d'une humidité inondante au point qu'elle s'y noie, du regard de désir des hommes et de meurtres, de sang... La petite mort copulant volontiers avec la grande mort.

Et, au risque d'en froisser certains, pour moi Amer est un film de cette ampleur là, un véritable chef d'œuvre, déjà sur la voie du film culte et que l'on reconsidérera autrement dans quelques années, quelque soit la suite de la carrière de ces deux cinéastes, Hélène Cattet et Bruno Forzani, le film a déjà sa vie propre, qui échappe à ses auteurs.
Cet incroyable premier film (!!!) s'affranchit déjà avec arrogance et classe de ces encombrantes références pour marcher de ses propres pas et se présenter fièrement au public comme la naissance en grande pompe d'un univers artistique novateur, brillant et totalement unique.

La grande classe à l'italienne, mieux branlé que la moyenne et sans Aldo Maccione, quoi...



L'édition en DVD proposé par Wild Side est - comme à leur habitude - absolument irréprochable, on regrettera simplement que la galette ne soit pas plus copieuse en bonus (une bande-annonce et un court La Fin de notre amour), en effet, d'autres courts existent et surtout, j'aurais adoré pouvoir avoir un aperçu du travail préparatoire concernant le film, d'une interview ou d'un doc sur les différents participants au projet, production, casting, photo, montage, réalisation, son, musique, etc... Le film s'y prêtait vraiment...
Peut-être dans 10 ou 20 ans, quand le film ressortira archi culte et dans une édition ultime hyper collector... Avec un tee shirt pour garçons, cette fois, bandes de rats !!! lol

29 octobre 2010

Super-Croquenot


Le film de crocodile est aujourd'hui presque devenu un genre en soi au sein des films à bébêtes.
Le passé lui a d'ailleurs offert de beau morceaux.
Sans remonter jusqu'aux combats à mains nues de Johnny Weissmuller dans les vieux Tarzan, je pense notamment au Crocodile de la mort de Tobe Hooper (1977), asssez marquant pour l'époque, mais qui a pris un méchant coup de vieux (sans parler de l'atroce VF que nous a infligé Wild Side pour la sortie DVD).


Mais la palme revient à l'excellent L'Incroyable alligator de Lewis Teague (1980) , totalement méconnu et sous estimé chez nous alors qu'il s'avère un très efficace thriller impeccablement mis en scène et au suspense redoutable, sur un scénario de John Sayles, excusez du peu... Le film aura d'ailleurs à lui seul créé une légende urbaine: celle du petit croco jeté dans les toilettes et qui devient gigantesque faisant des égouts son terrain de chasse.



Immédiatement, les nanardeux ritals s'empareront du Saurien en l'accommodant à la sauce bolognaise... Plus gores, plus sexys, plus rigolos, plus amateurs mais dégageant un tel parfum de Z qu'ils en devenaient de vrais régals.


Je pense particulièrement aux deux crocos-écolos des Killer Crocodile 1 (1989) & 2 (1990) de Fabrizio De Angelis et Giannetto De Rossi - pour le plus sympathique - et à Le Grand Alligator (1979) de Sergio Martino pour le sex appeal de Barbara Bach et pour beaucoup plus d'ennui, malgré un travail remarquable sur la très belle maquette de l'alligator...





Et puis après des années de désuétude... Le croco revient à la mode avec l'excellent et hilarant Lake Placid de Steve Miner (1999) qui assume parfaitement son statut de série B, offre des effets spéciaux tout à fait parfaits et pimente la sauce d'une bonne dose d'humour et de second degré dans les dialogues comme dans son surprenant scénario qui en font un spectacle très réussi et parfaitement fréquentable.


Depuis le reptile géant semble avoir repris du poil de la bête et fait un retour en force dans le cinéma de genre. Deux exemples fameux en sont l'illustration flamboyante, la très bonne série B de greg McLean Rogue (AKA Solitaire et sorti en DVD sous l'idiot titre de Eaux Troubles) dont la mise en scène est assez ambitieuse et intègre magnifiquement l'ampleur des paysages australiens, dont les effets spéciaux numériques sont assez réussis et qui - surtout - ne pétant jamais plus haut que son cul, s'avère une excellente série B.


Mais surtout, l'Australie nous aura offert ce qui restera sans doute comme la plus belle bande horrifique du genre avec le furieusement flippant et formidable Black Water qui s'impose sans conteste comme LE chef d'oeuvre du genre. Un film simple mais parfaitement maitrisé et jouant à merveille sur les peurs les plus primales et ayant surtout le culot et l'intelligence d'utiliser de vrais sauriens qui - si l'on s'en réfère aux théories, vieilles comme le monde, d'André Bazin - auront toujours plusieurs longueurs d'avance, car cette fois le cinéma montre mais ne triche pas, en tous cas il en donne l'illusion.


Et puis on pourrait également citer à ce titre le très bon Primeval (2007), reposant lui aussi sur ce principe de l'utilisation alternée de vrais animaux (souvent) et d'effets numérique (rares) est se montre une série B tout à fait estimable.


Le succès relatif de ces trois films semble d'emblée avoir relancé la machine mais cette fois, ce n'est pas le cinéma de genre italien (tristement moribond...) qui récupère le bébé avec l'eau du bain, mais bel et bien le marché américain du DTV.

Ces dernières années, fleurissent donc des téléfilms à budget réduits, parfaitement calibrés pour un public large (violence modérée, scénarios simplistes...) et destinés à la vente directe en DVD avant une diffusion en petites pompes et en VF sur les chaines de la TNT (TF6, NRJ12...).


Dans cette catégorie, en 2006, Dinocroc (production Roger Corman...) avait plutôt été une agréable surprise, parvenant aisément grâce à de bons acteurs, à une mise en scène médiocre mais dynamique et des effets spéciaux étonnamment réussis vu le budget, à se hisser au potentiel de sympathie des nanards italiens des années 80. Rien d'inoubliable, certes, mais, du chewing gum pour le cerveau de l'amateur de Z que je suis.



Malheureusement, ces "qualités" font cruellement défaut à SuperCroc (2007) et ce dernier souffre vraiment ici de la comparaison avec tous les films précédemment cités, y compris Dinocroc...


Son scénario, d'abord, tellement banal et balisé qu'il suscite d'emblée l'ennui le plus profond.
On se retrouve dans une espèce de remix de Predator et du Monde Perdu de Steven Spielberg (dont le film est parfois à la limite du plat-giat) à la sauce croco, qui nous refait pour la énième fois le coup de l'opposition Militaires/Scientifiques, les uns se battant pour détruire la bête, les autres complotant pour en sauver les œufs afin de les étudier.


Le film est constamment coupé en deux: les scènes "Predator" où les militaires servent d'apéritif au croco et les interminables et affreusement bavardes scènes de la base militaire ou des officiers et scientifiques passent leur temps à débiter des âneries au kilomètre en fixant d'un air soucieux un écran radar infesté des loupiotes clignotantes.
Le film s'avère dès lors d'un tel systématisme dans cette alternance et d'une telle lenteur qu'il en devient un vrai calvaire, d'autant qu'il sonne constamment de manière très sentencieuse et qu'il est absolument dénué de tout second degré et de tout humour, hélas.

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Les effets spéciaux ne relèvent malheureusement pas le niveau et malgré la simplicité du rendu de la minéralité de la peau des reptiles, il ne parviennent souvent qu'à donner un effet animation 2D qui prouve que le numérique n'est pas forcément un progrès dans la mesure ou l'utilisation des maquettes (façon Sergio Martino), d'animations (Façon Ray Harryhausen) ou de l'incrustation d'animaux réels à l'ancienne, même si elles apparaissent aujourd'hui totalement surannées, gardent en tout cas une vraie force poétique et même esthétique qui fait cruellement défaut à Supercroc.
Ce qui est d'autant plus navrant que Scott Harper a été depuis plus de 15 ans en charge des effets spéciaux d'une trentaine de long métrages dont le nul mais rigolo Des serpents dans l'avion et même sur quelques super productions hollywoodiennes telles que Zathura.


Pour couronner le tout, l'éditeur ne propose le film que dans une VF proprement calamiteuse avec un effet "Télé novela" garanti...

Le film, totalement calibré pour le DTV, à la mise en scène d'une platitude navrante, sans la créativité parfois présente dans ce genre de petites productions indépendantes fait vraiment regretter le bon vieux temps où des Larry Cohen, des Antonio Margheriti, des Ed Wood, des Sergio Martino,des Roger Corman, des Jean Rollin et autres, parvenaient, avec des budgets sans doute bien plus ridicules encore, à offrir au moins des divertissement bourrés de charme, parfois même de vraie œuvres et qu'ils compensaient toujours leur manque d'argent par un vrai sens de la mise en scène, une débrouillardise à user de tous leurs faibles moyens au maximum pour servir au public du vrai spectacle...

Ce qui fut possible autrefois est-il devenu impossible aujourd'hui...?
Sans doute pas, il suffit de regarder des films comme The Roost ou Jack Brooks tueur de monstres pour voir que l'enthousiasme d'un cinéaste peut encore parfois faire des miracles, quelque soit la maigreur du budget...

Films d'éco-horreur sur Cinétrafic


Sorti depuis le 5 octobre 2010

Réalisateur
Scott Harper
Editeur Zylo
Langue 1 français
Qualité Pal
Durée
85 Minutes






27 octobre 2010

Les vieux de la vieille

http://img809.imageshack.us/img809/4605/saraband.jpg

Le problème avec les cinéastes, c'est que - comme tout le monde - ils vieillissent...
Alors parfois ça vieillit très mal un cinéaste, tendance virage vieux con facho à la Autant-Lara...
Et puis parfois, ça se bonifie en vieillissant le cinéaste... Voyez La Varda, toute pimpante et totalement d'avant garde avec sa couronne de racines blanches qui se ballade à Venise déguisée en patate et qui, à plus de 80 balais nous balance joyeusement et modestement un des films les plus bouleversants, modernes, personnels et brillants de ces dix dernières années avec Les Plages d'Agnès, immense film qui succédait aux non moins géniaux Glaneurs. Cette belle femme personnifiant de manière si pétillante la vieillesse comme pouvant être une deuxième jeunesse, un espace de liberté et de folie retrouvée autant que de sagesse acquise.
Mais La Varda est bel(le) et bien vivante, la bougresse !


Et le problème... c'est que c'est pas immortel, le cinéaste, contrairement à l'acteur... Bah oui, ça meurt le cinéaste, et puis ça laisse une "œuvre"... ce machin figé auquel on ne peut plus rien toucher et qu'il ne reste plus qu'à autopsier...
Et puis, du coup, il reste "le dernier film", celui pour lequel on parlera de "film somme", "d'œuvre testamentaire"...
Et là, il a intérêt à pas se planter, le cinéaste, parce que sinon, ce pauvre navet restera comme une vilaine verrue au beau milieu du tableau, quelque soit la valeur de l'œuvre en question.
Alors certains s'en tirent avec une classe inouïe:


Truffaut, le cerveau miné de tumeurs, se sachant condamné, nous livre un pur chef d'œuvre, un film d'une beauté visuelle et d'une légèreté si élégante. Vivement Dimanche, véritable déclaration d'amour enflammée au cinéma, au film noir, à la comédie américaine façon Lubitsch en même tant qu'un petit concentré de tout ce que fut l'œuvre exceptionnelle de Truffaut.
Bref, un départ brillant à la légèreté d'une classe ravageuse.

Pialat nous offrit un Garçu sombre et magnifique, incompris en son temps par la critique qui doit bien s'en mordre les doigts désormais mais qui boucle, implacablement et sans concession, la boucle d'une œuvre serrée et magistrale. Autre forme de classe.

Et puis il y a le génie de Demy, lui aussi condamné et qui livre avec 3 places pour le 26 un de ses plus beaux films, nostalgique et coloré, dans lequel Montand semble faire le bilan d'une vie, alors que c'est clairement Demy qui glisse dans ce film un condensé de tout ce qui faisait la force et la singularité de son cinéma.

Et puis il y a Rohmer qui livre avec Astrée & Céladon un dernier film plus juvénile et verdoyant que jamais...

Sautet dont les éblouissants Un coeur en hiver et Nelly & Monsieur Arnaud, invitaient une certaine critique à reconsidérer entièrement une œuvre trop longtemps méprisée et lui faisait sur le tard, accéder enfin au panthéon des plus grands cinéastes français de ces années là.

Et j'en oublie, la liste serait longue !

Malheureusement, tous les cinéastes, même les plus grands ne réussissent pas ce dernier opus avec la même grâce...


Crime d'amour, d'Alain Corneau en est un cinglant exemple...
Des films noirs, Corneau en a livré de magistraux, au temps de sa gloire naissante, Police Python 357, Le choix des armes et surtout l'immense Série Noire, qui le consacra définitivement en acquérant quasi instantanément un statut de "film culte".
Et puis il s'essaya, au cinéma dit d'auteur, avec un succès plutôt honorable au début (Nocturne indien, Tous les matins du monde...) mais décroissant hélas avec le temps, jusqu'à des films plutôt ratés ou à moitié réussi.
Son retour au polar noir apparaissait donc plutôt comme une bonne nouvelle mais ce Crime d'amour opère comme une véritable douche froide, venant dès les premières minutes, calmer nos ardeurs...
Tout, ou presque y est malheureusement très mauvais...
Le film est déjà totalement plombé par de lourdes et multiples erreurs de casting.
On ne croit pas une seconde à ce personnage dès l'instant où il est interprété par Ludivine Sagnier... J'aime beaucoup cette comédienne, mais hélas, la golden girl aux dents longues est un rôle qui lui glisse vraiment dessus comme une robe trop grande pour elle. Quand au virage à 180° qu'opère le personnage à la moitié du film, passant du statut de victime harcelée à celui de la manipulatrice perverse et fatale qu'elle est sensé incarner... Désolé, mais non... personne ne peut marcher à cela...
Patrick Mille (excellent comédien aussi, au demeurant...) est aussi transparent que peu charismatique dans ce rôle ingrat, qui révèle d'ailleurs de vrais problèmes d'écriture du scénario.
Quand à Christin Scott Thomas, seule à tirer vaguement son épingle du jeu, si elle est parfaitement crédible en salope flamboyante façon Glenn Close dans Damages, elle souffre elle aussi de la grande faiblesse du scénario, trop occupé à tisser sa toile d'araignée pour se préoccuper de donner une chair et une âme à ses personnages.

On a alors très vite l'impression de lire un mauvais roman de gare auquel il manquerait le venin d'une Patricia Highsmith, un film noir finalement plutôt café au lait, auquel il manquerait un zeste de mystère ou de sous texte social à la Chabrol. Un divertissement qui ne serait en fait qu'une mécanique scénaristique bien huilée mais sans âme, ni cœur, ni fondement.
Et surtout, pire encore, Crime d'amour ressemble à un film qui semble crier tout du long "Y-a-t'il un pilote dans l'avion" tant il apparait dénué de la moindre idée de mise en scène.
Filmé platement, sans aucun souffle, comme un fruit trop pressé. Hélas.
Le Deuxième souffle valait ce qu'il valait, mais que l'on aime ou pas, il démontrait au moins d'une volonté artistique et esthétique (un peu toc, mais tout de même...) et il aurait sans doute mieux valu finir là dessus... plutôt que sur ce film tristement à bout de souffle qui laissera un souvenir d'un Corneau qui était certes un homme délicieusement sympathique, érudit et intelligent, mais hélas aussi, un cinéaste un peu impersonnel et très inégal.


Le problème de Trésor est d'une autre nature...
On le sait, ce film appartient à la veine dite "mineure" de ce grand cinéaste un peu schizophrène, partagé entre des films à l'ambition démesurée et souvent archi-pompiers (Germinal, Jean de Florette, Uranus...) et un cinéma plus intimiste et très personnel, souvent très autobiographique, un peu à la Truffaut tendance Doinel.
Cette dichotomie a créé une forme de malentendu qui a sans doute participé au fait que bizarrement, Berri est acclamé par le public pour ses grosses choucroutes alors qu'il ignore même la simple existence du "vrai" cinéma de Berri. Et il est terriblement sous-estimé par la critique qui ne mesure apparemment pas l'immense talent de son "petit" cinéma à la fois léger, rigolard, mais toujours d'une très grande sincérité et d'une vraie profondeur, à la limite même, parfois, de la noirceur, notamment ces dernières années (les magnifiques Une femme de ménage ou L'un reste, l'autre part).

Le problème ici, est que le film appartient bien à cette veine, mais que Claude Berri est malheureusement décédé après 4 jours de tournage... Et si Trésor reste assez sympathique et plutôt globalement amusant, il est tout de même teinté de ce drame qui nuit à la comédie, même en mode très mineur.
Mathilde Seigner y est assez moyenne et surtout a les yeux bouffis tout le long du film ce qui nous renvoie chaque fois à l'ambiance sans doute étrange qui a pu imbiber le tournage, achevé par François Dupeyron (qui avait déjà assisté Berri en pleine dépression sur Une Femme de ménage).
Pour mieux comprendre l'expérience particulière et douloureuse qu'a pu être ce tournage, je vous renvoie au très beau "Claude" de Nathalie Rheims, publié il y a quelques mois.
L'ouvrage en dit long aussi sur le fait qu'elle ait en quelque sorte contribué à ce que ce dernier film voit le jour, d'autant qu'il n'est pas fait mystère du caractère autobiographique du scénario...

Cependant, le talent de Chabat fait souvent mouche et le film s'avère parfois très amusant particulièrement grâce à lui. Les scènes de psychanalyse canine avec Fanny Ardant (déjà convoquée comme sexologue dans La Débandade !) sont un vrai régal !
Et si le film reste en effet un tout petit film, comparé au Vieil homme et l'enfant, à Mazel Tov ou au Cinéma de Papa, il n'en est pas moins une comédie charmante et un témoignage d'amour de toute une équipe pour achever ce film malheureusement devenu bancal.
Les dernières images de Berri éclatant de rire avec son équipe pendant le générique de fin, valant à elles seules de voir ce tout petit film et sont bouleversantes pour quiconque a - comme moi - profondément aimé le cinéma de Claude Berri et admiré l'immense producteur et la singulière personnalité du bonhomme.
Je ne saurais d'ailleurs conclure sans vous inviter à acquérir L'Intégrale Berri éditée par Pathé auquel ne manque bizarrement que Le Pistonné (et les trois derniers films, sortis après cette édition du coffret...) et qui permet vraiment de se faire une idée de l'immense talent de Berri lorsqu'il se fait le conteur amusé et ému de sa propre vie.
D'autant plus que le coffret est vendu avec le splendide livre Autoportrait qu'avait publié Claude Berri il y a quelques années et qui - en plus d'être magnifiquement écrit - en dit très long sur l'immense personnage qu'il fut, son importance et son audace en tant que producteur et sur sa grande sensibilité, son incroyable force et sa si grande fragilité.


Les deux derniers films de Chabrol sont des épisodes télé de la série Maupassant de France 2 que je n'ai pas eu le plaisir de voir, mais son dernier film de cinéma est un chef d'œuvre crépusculaire totalement déconcertant et magnifique. Faux polar ou règne un pesant suspense et où chaque personnage semble décrit comme le suspect d'un crime à venir, et qui n'arrivera pas, le film impose un rythme tout à fait singulier, une mise en scène véritablement bizarre ou chaque plan et chaque mouvement de caméra apparait comme étrange et inattendue. Mais surtout, il déploie un récit faussement simple et linéaire dans lequel chaque personnage semble tendre à un objectif inconnu mais précis et ou, en définitive, chacun semble s'enliser dans ses mensonges, ses obsession et ses non dits.
Le film est d'ailleurs dédié à Simenon (et à Brassens) dont on sent constamment l'influence profonde même s'il s'agit d'un scénario original.
L'interprétation y est miraculeuse, notamment de la part de Depardieu qui laisse craindre le pire dans les premières minutes et auquel Chabrol inflige une sobriété de jeu qui donne l'impression de ne plus l'avoir vu aussi bon depuis des années.
Bellamy restera, c'est certain, comme un des plus grands films de son auteur, mais aussi comme l'un des plus mystérieux, presque impénétrable. Magnifique !


Et puis il y a les vivants, ceux qui malgré le poids des ans, persistent et signent et qui, étrangement, livrent des oeuvres qui semblent faire le bilan d'une vie ou d'une carrière.
L'exemple de Varda est à ce titre très parlant, puisque Les Plages d'Agnès est véritablement un retour sur toutes ces choses qui forment une vie, l'enfance, la jeunesse, les amours, l'art, le cinéma, la descendance... Mais ce film miracle ne semble pas fermer une parenthèse et loin du film testament, il semble s'achever sur des points de suspension et l'on sent que la petite vieille est aussi malicieuse que vaillante et qu'elle n'a pas fini de nous surprendre...

D'autres bilans ou anniversaires de carrière sentent bien davantage la pente savonneuse:


Lelouch entend célébrer (En toute modestie...) avec Ces amours là ses 50 ans de cinéma et la bonne forme qu'il avait montré avec Roman de gare, pouvait permettre l'espoir.
Le début du film, d'ailleurs semble nous laisser croire que le miracle a bien eu lieu tant son premier quart d'heure est vivant, curieux, magique et émouvant.
D'une biographie rêvé faisant revivre le regretté Charles Denner, façon film muet, au petit porno clérical figurant Audrey Dana en nonne lubrique, en passant par un magnifique (et long) plan fixe sur Audrey Dana et Gisèle Casadesus derrière la vitre d'un studio d'enregistrement, voila un début plutôt décapant, étonnamment beau, inspiré et iconoclaste qui évoquerait presque la vigueur juvénile de mamie Varda ou Papy Manoel De Oliveira...

Malheureusement on déchante très vite et la suite s'avère déployer la bonne vieille "méthode" Lelouch dans toute sa splendeur, avec toutes ses casseroles d'autosatisfaction, d'auto-célébration, de caricature de soi-même (les fameux et horripilants travellings circulaires, qui sont même ici cités en figure de style...), sans parler de cette naïveté revendiquée, qui ne serait finalement que ridicule, et pas bien gênante, si elle n'allait pas se glisser parfois dans quelques recoins plus douteux de l'histoire.
Comment supporter l'incroyable scène de "La voix humaine" jouée par Judith Magre dans les trains de la mort (même pas sales, même pas puants, même pas bondés...) sans le regard lourd de sens de l'immense Anouck Aimée, ici dans un rôle quasi muet, mais qui n'en pense pas moins ?
Comment tolérer ce chant joyeux de libération des camps, avec ses déportés bien nourris, aux uniformes amidonnés, tout droit sortis du pressing, sourire aux lèvres, lorsqu'on a vu, ne serait-ce qu'une fois, les regards vides, l'allure décharnée et les yeux hagards de ces pauvres gens à la libération des camps ?

Comment se farcir, sans rire, cette improbable et abracadabrantesque histoire qui finit par ressembler à un énorme gloubiboulga collection Harlequin indigeste tant elle tente de faire transpirer, en vain, un immense amour de la vie, des gens et du cinéma en convoquant tous les pires clichés du genre et en nous les assénant à coup de musique et de mélodrames ?
Impossible, si l'on repense au magnifique Georgia d'Arthur Penn, de ne pas voir le ridicule de tous les passages américains, où Audrey Dana, tristement mariée découvre la désillusion, de ne pas renifler le factice, le maquillage, le vernis et la naphtaline d'un cinéma comme plus personne n'ose en faire à part Lelouch et quelques tacherons US.
Georgia qui, d'ailleurs, démontre aussi la totale incapacité de Lelouch faire avancer son récit avec subtilité, à user de l'ellipse avec la même grâce qu'Arthur Penn dans sa façon de construire une saga à la fois humaine et historique, de montrer l'évolution des personnages non seulement par les aléas de leurs propres destins, mais aussi par celui de leur faculté ou pas à se mesurer à l'histoire de leur propre pays...

Seule Audrey Dana, dans ce rôle écrasant et multi-facette d'une femme aussi libre que possible (comme la Georgia de Penn...) tire son épingle du jeu, ce qui n'est pas une mince affaire et elle démontre magistralement l'étendue de son talent pour résister ainsi sans trop de souillure à une telle purge.


le Bruit des glaçons, par contre, s'il traite d'un sujet plutôt sombre et peut-être autobiographique (en tous de manière métaphorique) démontre bien la vigueur enfin retrouvée de Blier.
Combien tu m'aimes semblait déjà largement amorcer ce retour en grâce, mais ici, on est souvent pas loin de retrouver l'originalité, la poésie et l'émotion qui faisaient la force de Préparez vos mouchoirs, Les Valseuses ou Beau-Père.
Si ce film "diesel" traine un peu au démarrage, les premières scènes entre Dupontel et Dujardin peinant à dépasser la simple figure de style, très rapidement, grâce au rôle magnifique de Louise, génialement interprétée par Anne Alvaro et à l'irruption étonnante de Myriam Boyer, le film touche finalement à une cruauté et une grâce mêlées qui démontrent royalement la grande inspiration enfin retrouvée de Blier.
L'histoire d'amour entre cet écrivain raté, alcoolique et malade et sa bonne fidèle, elle aussi condamnée est souvent joyeusement surréaliste (on pense même un peu à Buñuel) et surtout très touchante. Toutes les scènes avec Emile Berling ou Audrey Dana sont totalement bouleversantes et capturent ce qu'il a pu y avoir de plus beau chez Blier (Nicole Garcia dans Beau-Père, Riton Liebman dans Préparez vos mouchoirs, Jeanne Moreau dans Les Valseuses) en touchant droit au coeur.
La fin est un peu décevante, elle aussi, et aurait sans doute gagné à davantage de noirceur, mais cette note d'espoir est finalement acceptable, sympathique et, au final, toute aussi touchante, dans la mesure où, peut-être, il aurait été un manque d'élégance pour Blier d'aller là se vautrer dans la tragédie où le mélo alors qu'il pouvait s'offrir le rêve d'une happy end et la classe d'une pirouette de pudeur.
On sort de la salle ému, touché et ravi, il faut le dire, ce n'est pas si courant.


Quand au Vieux Resnais... Mais quel jeunot.
Les Herbes folles est une pure merveille de curiosité, de cruauté, de fantaisie, d'émotion et de beauté. En toute (apparente) simplicité.
Tout le film se résume dans son générique, où des herbes folles parviennent à fissurer le bitume et à en emplir les plus petits interstice pour se laisser caresser par le vent.
On suit ses personnages tous un peu timbrés qui - eux aussi - crèvent la carapace - avec curiosité et délice, la mise en scène étant absolument étourdissante, constamment inventive, vraiment amusante.
Le film, très accessible bien qu'au limites de l'expérimental avec ses personnages longtemps muets, ses voix off presque omniprésentes et son scénario totalement déjanté et libre est un vrai régal de bout en bout. Rigolo sans être bêta, émouvant en sachant garder une petite pointe de cruauté, Resnais à l'air de s'amuser comme un gamin et nous amuse follement.
Azema est absolument géniale, je ne vois pas d'autre mot et Dussolier est totalement étonnant, comme toujours. De l'or en barre ce film, le meilleur Resnais depuis le merveilleux On Connait la chanson, il y a 13 ans, rien que ça !!
Longue vie à lui !!!