16 juin 2011

Voiles, vapeurs, couleurs et canines


Je n'ai pas vu beaucoup de films de Jean Rollin (moins d'une dizaine, c'est sur...) mais chaque fois, que le film soit réussi ou pas, j'ai toujours été frappé par son génie du cadrage, de sa savante composition des plans et par sa singulière poésie surréaliste.


Jusqu'ici mon favori était La rose de fer que j'estimais être son chef d’œuvre. Il vient de se faire détrôner en beauté (c'est le moins qu'on puisse dire !) par ce magnifique Lèvres de sang qui semble avoir bénéficié d'un budget sensiblement supérieur à l'habitude tant il hisse la beauté visuelle du film à un tout autre niveau.


Le travail de Jean-François Robin sur la lumière est absolument remarquable et je n'ai pas cessé de penser à l'influence que Bava avait pu avoir sur ce film, ainsi que la potentielle influence que ce vrai chef d'oeuvre de Jean Rollin aurait pu avoir sur l'immense Suspiria qui ne sortira qu'un an plus tard. Des couleurs saturées et lumières expressionnistes des scènes nocturnes, à celles blafarde du jour, la photographie semble avoir fait l'objet d'une attention toute particulière et de moyens importants


Le cinéaste tire mieux que jamais partie de l'architecture de ses décors ou paysages pour construire un film d'une constante beauté formelle.


Le rythme, comme chaque fois, est lent et hypnotique mais ne souffre pas des mêmes "ventres mous" que certains autres films de Rollin et il parvient à maintenir cette belle langueur tout au long du film, tout en faisant de chaque plan une impression inoubliable...


Chaque apparition des vampires nues est certes incongrue mais évite le ridicule par ce jeu de regards vides, de voiles vaporeux et de couleurs éclatantes, sans parler de leur superbes canines, longues et pointues...


Seule la fin me ferait émettre un bémol, non pas pour la tournure (un peu prévisible) que prend le scénario mais pour ces derniers plans un peu ratés du cercueil flottant évoquant quelque peu un Nosferatu de fin de mois...


Mais c'est bien peu au regard d'un film d'une telle splendeur et qui explique grandement que - si Jean Rollin demeure un cinéaste trop peu reconnu chez nous - de tels films ont fait son renom outre Atlantique et que le culte qui lui est voué par les amateurs de ciné bis aux USA n'est vraiment pas usurpé.


Un vrai grand film à (re)découvrir...


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