29 septembre 2011

Une affaire qui roule


C'est bien connu, en matière de cinéma de genre, c'est souvent dans les vieux pots qu'on fait les meilleures soupes... Et parfois même en utilisant de vieilles recettes.

Avec La Défense Lincoln on se replonge avec un certain délice dans tous les thrillers d'espionnage, d'investigation et les films de procès des glorieuses 70's US...


On pense évidemment à Sydney Pollack, John Schlesinger, William Friedkin ou à des films comme A Double tranchant (Richard Marquand 1986) dans lequel le sexy mais ambivalent Jeff Bridges menait son avocate Glenn Close par le bout du nez et l’élastique de la culotte...

Point d'ambiguïté sexuelle ici entre les personnages de Matthew McConaughey et Ryan Phillip (hélas, diront certain(e)s !) mais un vrai jeu d'échec et de stratégie judiciaire palpitant de A à Z.



A sa sortie, j'avais vu le film au cinéma et je lui avais trouvé beaucoup de qualités: un scénario implacable et malin, des acteurs tous très convaincants (les deux acteurs principaux étonnent... Ils épatent, même, n'ayons pas peur de le dire...), le suspense est constant, aucun temps mort, et la mise en scène est classique mais bigrement efficace...
Tout est franchement propice au plaisir du thriller jusqu'à une bande son extra, pleine de soul, à faire pâlir de jalousie Tarantino himself...



Mais quelques mois plus tard, on ne peut plus voir le film de la même façon, l'affaire DSK étant passée par là et le film prenant d'office une toute autre dimension dans la description peu avantageuse qu'il fait de la justice américaine, dans ses nombreuses failles mais aussi dans la description des pratiques d'avocats faisant feu de tous bois pour décrédibiliser un témoin, ou pire, une victime de tentative de viol et de meurtre.


Et La Défense Lincoln n'y va pas de main morte sur le thème de l'immense pouvoir de l'argent et d'une forme de corruption quasi-institutionnalisée par le système lui-même.




Les longues scènes de procès où la victime clame sa bonne foi et se voit humiliée et où le jeune millionnaire joue la victime d'une machination deviennent d'autant plus troublantes qu'elles évoquent des évènement très frais dans la mémoire de chacun...
Le film dévoile alors un deuxième niveau de lecture et un ancrage dans le réel tout à fait insoupçonnés et il s'avère bien plus profond qu'on l'aurait cru.


En ce sens il est d'autant plus à rapprocher des grands chefs d’œuvre des années 70 qui en plus d'être d'une grande efficacité, se payaient le luxe d'une belle intelligence.

Une série B de très haute volée, à découvrir séance tenante...