24 octobre 2011

Gode blesse America


Pour le meilleur et pour le pire, on aime l'Amérique... Celle où tout semble bigger than life et où toutes les audaces de la liberté d'expression révolutionnent si souvent les Arts, font évoluer les mœurs et remuent les consciences.
Mais les USA sont aussi le royaume du pire du pire avec ses néo-nazis, ses ultra-libéraux, ses intégrismes religieux, son repli sur soi, son homophobie, son islamophobie, sa paranoïa, sa culture de la violence, la barbarie avec laquelle s'exerce sa justice et son puritanisme grandissant...


Ce double tranchant dégueulasse de la liberté d'expression fait de cette grande civilisation l'une des plus ambivalente qui soit et l'on se surprend souvent à détester les USA autant qu'on peut les adorer.
Heureusement, son peuple et ses artistes ne pensent pas de manière unilatérale et des voix s'élèvent de l'intérieur même des USA pour tenter d'inverser le glissement progressif de cette nation dans le pire de la pensée unique réactionnaire.

De ce point de vue, jusqu'ici, Kevin Smith n'avait été qu'un trublion gentiment provocateur qui - avec plus (Méprise multiple) ou moins (Dogma) de réussite avait balancé quelques bombinettes dans les rouages d'un système trop implacable.
Mais dernièrement, ce cinéaste arrive à une maturité dans son cinéma qui le dégage enfin de la sympathique potacherie pour l'élever à un tout autre niveau.


Zack & Miri opérait déjà un tournant assez remarquable dans sa carrière en s'attaquant à un genre ultra balisé (la comédie romantique) en abordant de manière étonnamment frontale les thématiques de la représentation du sexe à l'écran, de la pornographies et de la variété des sexualités. Cette hilarante comédie trash, semblant vouloir faire copuler John Waters & Judd Apatow avec Gerard Damiano et... Lubitsch ou Capra offrait le plus réjouissant pamphlet contre l'Amérique puritaine tout en délivrant la comédie la plus écroulante de ces dernières années...


Mais Red State marquera sans doute la carrière de Smith de manière beaucoup plus radicale tant ce nouveau film joue dans une toute autre division.

En s'attaquant aux fondamentalistes chrétiens sous l'angle du film d'horreur Kevin Smith frappe fort et juste.


Dès le tout début du film lors de cette scène révoltante où des tarés fanatiques manifestent pendant les funérailles d'un jeune homosexuel assassiné en hurlant leur haine homophobe dans les termes les plus obscènes qui soient, il ancre son récit dans la réalité de l'Amérique d'aujourd'hui et rend son propos forcément plus pertinent et - du coup - largement plus terrifiant.
La description qui s'ensuit de cette communauté sectaire, réactionnaire et violente glisse peu à peu du dégout à la terreur pure avec un grand talent.


Mais c'est dans la deuxième partie du film, plus inattendue et ironique dans laquelle le film intègre une charge assez violente sur l'exercice du pouvoir, la justice et la police américaine que le film monte d'un cran dans la virulence de son propos sur les USA et les dangers des dérives sectaires tout autant que dans celle d'un système qui marche sur la tête et devient totalement inopérant et inadapté face à la menace intégriste.


Difficile d'en dire davantage sans dévoiler les nombreux et épatants rebondissements du film et la multiplicité des niveaux de lecture qui s'y opèrent... Allant jusqu'à flirter avec le fantastique de la manière la plus inattendue et iconoclaste qui soit.
Kevin Smith y démontre une maturité étonnante et sans jamais se départir du ton ironique qui fait sa patte, il élève ici son cinéma à un tout autre niveau et, en se frottant au film de genre, il n'offre pas seulement un des meilleurs films d'horreur US de ces dernières années mais aussi et surtout, un vrai film politique qui devrait sans doute soulever quelques polémiques et controverses aux USA comme ailleurs.


Le scénario est constamment surprenant et toujours là où on ne l'attend pas, la mise en scène prend une ampleur assez inédite de la part de cet auteur jusqu'ici sympathique mais peu inspiré du strict point de vue de la réalisation et le ton acide du film fait mouche.
Sans parler d'un casting absolument parfait (John Goodman, Kyle Gallner & Michael Parks) en tête duquel on remarquera particulièrement l'incroyable composition de Melissa Leo... Une comédienne dont j'ai souvent critiqué ici le cabotinage mais qui montre ici l'immense actrice qu'elle sait être et qui crée un des personnages de film d'horreur les plus terrifiants que j'ai vu dernièrement tout en restant dans une sobriété salutaire à ce personnage déjà tellement excessif qu'en rajouter eut été un crime...


Un film d'horreur politique furibard, acide, puissant et absolument passionnant.




Tout aussi passionnant et réussi, Territoires d'Olivier Abbou épate d'abord par son culot et son courage kamikaze à s'attaquer direct - pour un premier long - et de la manière la plus frontale, à un cinéma de genre tendance extrême et - qui plus est - très ouvertement et violemment politique.

Je suis à la fois absolument surexcité par la qualité du film et totalement traumatisé tant le film est un choc artistique autant qu'émotionnel.


C'est un film absolument brillant dans sa forme et notamment dans l'évolution de sa mise en scène tout au long du métrage. Je serais même tenté de parler de chef d’œuvre !
L'atmosphère du film est proprement insoutenable, très inconfortable, profondément angoissante et terriblement réaliste.


Abbou évoque l'univers concentrationnaire nazi autant que Guantanamo et Abou Ghraïb et il décrit de manière très virulente l'Amérique puritaine, raciste, homophobe, paranoïaque, antisémite, nationaliste, redneck, néo-nazie etc... au travers d'un pur film d'horreur très choquant, vraiment terrifiant et d'un cinéma politique très agressif et couillu.


J'ai souvent pensé à Salo de Pasolini tant le film m'a heurté et tant il regarde la barbarie droit dans les yeux, tant il filme la torture de manière frontale, sans jamais tomber un instant dans la complaisance d'un vulgaire Torture flick et tant son propos est réaliste, politiquement engagé et violent tout en conservant un vrai regard de cinéaste et une étonnante poésie de l'horreur, notamment dans la dernière partie.


Il faut quand sérieusement en avoir de la part d'un jeune réalisateur français pour cracher un tel pamphlet à la gueule de l'Amérique belliqueuse de George Bush père & fils et de ses rejetons dégénérés... et le tout tourné au Canada et en langue anglaise: Chapeau !


Le film est vraiment parfaitement maitrisé de bout en bout, il va crescendo et sa mise en scène ne cesse d'évoluer pour épouser son propos ou pour créer une atmosphère inquiétante et unique (la dernière partie est quasiment "lynchienne" alors que le film démarre en caméra portée façon Dogme).
Les acteurs sont tous époustouflants... VO impérative !!!

Vous l'avez compris, ce film m'a scotché !!!


En tous cas, une chose est sûre: avec ces deux films brûlots, les USA prennent cher, profond et à sec... Vont ils aimer ça ?
Ça ne m'étonnerait pas...


4 commentaires:

Phil Siné a dit…

aaah "territoires", ça y est tu as pu le voir... une pure merveille en effet !

Foxart a dit…

Il faut absolument que tu vois Red State aussi !
Génial et très surprenant !
Sur un sujet voisin mais dans un tout autre style ;)

Zogarok (Videodrome) a dit…

"Territoires" m'interpellait sans trop que je sache pourquoi. En tout cas, à en lire ton article, il n'est pas du tout dans l'univers ou je l'attendais. J'essaierais de le voir!

Foxart a dit…

L'univers du Torture flick ?

En effet il est bien souvent question de torture, physique et psychologique dans Territoires mais il n'est en rien ni gratuit, ni complaisant malgré sa violence extrême.
En cela il est très loin de tout l'univers du Torture porn et de ses merdes au kilomètre.
Et son aspect politique est clair et revendiqué