28 novembre 2011

Leaf


Qu'on regarde le film comme un documentaire ou un documenteur, il se dégage de cette œuvre violemment iconoclaste un putain de vrai malaise. Comme si, quoiqu'il en soit Joaquin Phoenix autant que Casey Affleck allaient - volontairement ou pas - être les dindons de leur sinistre farce.



Le film est d'une très grande cruauté, impitoyable et se vautre même dans le glauque au point qu'il devient une véritable épreuve pour le spectateur forcément médusé (peu probablement amusé) qui contemple les frasques mégalomanes d'un Joaquin Phoenix adipeux, crasseux, despotique et arrogant (sans aucun doute un de ses plus grands rôles !) et sa chute lente mais certaine dans la machine à broyer d'Hollywood, des médias et du show buziness, sans parler du public majoritairement constitué d'abrutis toujours prompt à bruler leurs idoles.



De la cruauté du portrait allant jusqu'à l'obscène, de la radicalité du projet allant jusqu'à l'expérimental J.Phoenix autant que C.Affleck risquent fort de ne pas sortir totalement indemnes et il serait intéressant de tourner un second volet qui pourrait s'intituler "I'm back mother fuckers".



En attendant, le film existe et ça, c'est déjà quelque chose de non négligeable.
Grand choc !



Et maintenant, inutile de dire l'immense attente de The Master de Paul Thomas Anderson (déjà...) avec Philip Seymour Hoffman (en prime...), Laura Dern (L.O.V.E. her), Amy Adams & ...J.P. !!! Himself qui y fera son come-back dans un cinéma sans doute tout aussi exigeant mais sans doute plus mainstream... Il y interpréterait le bras droit d'un gourou de secte joué par Hoffman... si ça n'est pas déjà en train de vous faire baver, je n'y comprends rien !

Dans son regard absent et son iris absinthe


Voila un film dont l'échec public repose sans doute sur un malentendu:
Sur-vendu par sa bande annonce comme un film d'horreur - qui plus est, le premier film français tourné en 3D - le film aura forcément déçu ceux qui en attendaient ce genre de frissons.
Ce qui est bien dommage car le film avait d'autres atouts que son aspect faussement horrifique pour séduire un tout autre public et que cette publicité un poil mensongère a sans doute eu un effet repoussoir sur ce public potentiel.


En effet si le film trouble souvent son spectateur avec des séquences fantastiques - et même horrifiques - au final, on pourra tous s'accorder à convenir qu'il n'est en rien un film "de genre" et qu'il n'en revêt les apparences que pour brouiller (un peu maladroitement parfois, comme avec la "disparition" des fillettes) les pistes et pour opacifier le mystère qui entoure cette intrigante Suzanne, venue de la ville pour "s'enterrer" dans la campagne auvergnate afin d'y noyer on ne sait quel chagrin ou quelle culpabilité.


On ne peut pas nier que l'ambition des deux jeunes cinéastes, Julien Lacombe et Pascal Sid, pour un premier long-métrage est considérable...
Un film d'époque, en costumes, sans stars, un mélodrame déguisé en film fantastique et en prime entièrement tourné en 3D, voila un projet pour le moins kamikaze dans le panorama du cinoche français actuel.
Et d'autant plus louable qu'il réussit à emporter l'adhésion sur plusieurs de ces points...


A commencer par le choix de Laetitia Casta...
Actrice encore trop sous-estimée et dont le métier même de mannequin confère à cette Suzanne un aisance dans ses costumes et coiffures d'époque absolument essentielle à la crédibilité du personnage autant que du film...


Cette crédibilité est renforcée par des acteurs absolument prodigieux tels que Jacques Bonnaffé ou Charline Paul (rôle bref mais performance marquante !) qui valident totalement le film de ce point de vue et lui évite de sentir l'amidon, la naphtaline et le carton-pâte...
Seul Thierry Neuvic au physique en plus très moderne semble un peu engoncé dans son costume trop neuf... Mais son charme et sa sobriété finissent par faire la blague...


La mise en scène est très soignée et souvent convaincante (même si elle n'atteint pas le brio du Pascal Laugier de Saint Ange dans une ambiance et un récit un peu similaire...) et le film d'un point de vue formel tient solidement la route du début à la fin.
La photo de Nicolas Massart est d'ailleurs vraiment somptueuse et apporte énormément au film en crédibilité, en mystère et en noirceur...


L'utilisation de la 3D parait presque saugrenue dans un film qui n'est pas vraiment un film de genre même s'il flirte avec le fantastique...
Et de ce point de vue aussi, les cinéastes frappent fort et juste en utilisant la 3D davantage dans un mode de "submersion", de la profondeur de champ et de l'amplification de l'espace de la maison, plutôt que dans une horripilante et énième 3D du surgissement.


Lorsque l'on découvre le film en 2D ce parti pris est particulièrement frappant dans la mesure où jamais l'effet gadget de la 3D n'en perturbe la vision.
Ce n'est donc pas seulement là le premier film français tourné en 3D mais sans doute un des rares films mondiaux à utiliser ce procédé intelligemment, un peu à la manière de James Cameron (le confort du budget et l'ampleur du spectacle en moins...)

Difficile en revanche d'en dire davantage ici concernant le récit sans en éventer le suspense mais c'est hélas sur ce point que le film montre de vraies faiblesses.


Le portrait de femme que nous offre le film est magnifique et devrait nous passionner. On comprend d'ailleurs fort bien ce qui a pu déterminer Casta à adhérer au projet...
Mais c'est dans sa partie fantastico-horrifico-policière que le film se noie parfois dans de vraies maladresses (les personnages de Bonnaffé et d'Anne Loiret dans la dernière partie) et surtout dans la fin absolument bâclée du scénario que le bat blesse...
Tout particulièrement dans la résolution in extremis de "la disparition" des fillettes qui touche au ridicule ou encore à la suspicion jetée sur Bonnaffé à la moitié du film qui viennent malheureusement parasiter l'émotion de la découverte du véritable mystère du personnage de Suzanne, accablée de culpabilité et de douleur, s'anesthésiant à coups d'absinthe et de laudanum.


Le pathétique de cette révélation finale et la lumière qu'elle jette sur tout le film, sur le passé de cette femme et les effets de ses addictions (j'essaye de rester le plus vague possible afin de ne rien spoiler...) auraient suffit amplement à créer la surprise et l'émotion sans que le scénario se prenne les pattes dans son final consternant par rapport à la résolution de cette affaire de disparition...


Et c'est vraiment dommage car ce qui a toutes les cartes en mains pour être un très joli film et un magnifique portrait de femme en chute libre, se prend un peu les pieds dans le tapis du fantastique avec une fin de scénario un peu bâclée et peut-être (?) la peur d'ajouter le mal à la folie de cette femme et d'en faire un personnage un peu plus ambivalent...

Reste cependant que Derrière les murs est un premier film très ambitieux et prometteur et les bonus du DVD offrent notamment un court-métrage policier des réalisateurs: "Le Sixième homme" qui confirme un vrai talent de mise en scène et de direction d'acteur qui devraient faire de ces auteurs de vrais espoirs français dans le ciné de genre, s'il ne se laissent pas écraser par leur idoles (Spielberg & Cameron cités au générique comme des modèles à atteindre) et encore moins séduire par les sirènes hollywoodiennes... Car leur style me parait très français...


Au rayon bonus, pour le DVD: un court mais intéressante doc sur la musique du film, une interview de Laetitia Casta, le fameux court Le 6ème homme, le teaser et la bande-annonce du film, plus quelques bandes-annonces Bac Films

Et pour le Blu-Ray 3D (Compatible 2D): Le commentaires des réalisateurs, un making-of (52'), des scènes coupées (7') et les même bandes-annonces


Date de sortie : 1er décembre 2011
Prix de vente : 19.99 €
Existe également en Blu-Ray 3D (compatible 2D)
Prix de vente: 24,99€
Disponible sur www.bacboutique.com
Éditeur Bac Vidéo


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22 novembre 2011

Game Over


Bah voila, nous on a Joséphine, ange gardien, Plus belle la vie et Le repaire de la vouivre et les anglais - eux - ils ont Occupation... Quand la télé française de service public aura les couilles et le talent de pondre des téléfilms si beaux qu'il devraient sortir au cinoche... bah, on sera morts, sans doute...


Et l'on est même bien loin ici également des séries estampillées Canal + toujours sur-vendues et très souvent surestimées.
Il y a depuis lurette en Angleterre des liens étroits entre cinéma et télévision qui ne datent pas d'hier et nombre d'auteurs reconnus sont d'abord passés là-bas par la case TV avec des téléfilms qui sont chez nous sortis directement au cinoche... L'exemple le plus fameux étant le merveilleux My Beautiful laundrette de Stephen Frears il y a plus de... 35 ans...




Occupation est ce qu'on appelle un peu bêtement chez nous une mini-série... En réalité, il s'agit plutôt d'un long film découpé en deux segment (3 sur la BBC) pour en faciliter la diffusion télévisuelle.


Et, rendons à César ce qui appartient à César: le film - s'il s'inscrit dans une lignée télévisuelle toute anglaise - est bel et bien irlandais, ce point a son importance dans le récit et dans "l'esprit" du métrage.


Le film démarre par de l'action pure et nous laisse penser que l'on risque de se taper un de ces pensums de plus sur la dureté de la guerre et de nos pauvres soldats, ces types "comme nous" qui se retrouvent à souffrir et mourir sur les champs de bataille pour des causes plus que discutables puisqu'il s'agit ici de la deuxième guerre d'Irak...


Mais en trois minutes chrono de pré-générique, l'affaire est pliée et nos braves soldats rentrent à la maison...


Tout semble alors balisé pour nous refourguer une énième variation sur le retour difficile et l'inadaptation de ces hommes abimés à la vie "normale"... Ce qui est d'ailleurs le cas le temps de quelques scènes très sensibles et beaucoup plus subtiles que le tout venant cinématographique.


Mais très vite on pressent que le film n'est pas là et que son sujet est bel et bien là-bas, en Irak, dans l'après-guerre et la reconstruction d'un pays qui s'ouvre à la liberté et à la démocratie...


Et tous nos héros valeureux, encore gorgés de leurs beaux idéaux de libérateurs et de leur aura triomphale semblent vouloir pour des raisons plus ou moins louables retourner sur les lieux et participer à "l'accompagnement" d'un pays en reconstruction, ou - au pire - de profiter du système pour s'en mettre plein les fouilles...


Il ne savent alors pas qu'ils s'engagent tous dans un autre type de bourbier où les vieux relents colonialistes des uns se confrontent à l'islamisme montant des autres et où les coups de fric opportunistes vont faire le lit du terrorisme et des extrémismes plutôt que de la démocratie et de la liberté.



Les dommages collatéraux seront alors bien plus destructeurs peut-être que la guerre elle-même et les hommes (et femmes) que nous suivons dans cette descente aux enfers paierons tous la facture au prix le plus fort, en Angleterre comme en Irak.


Ce film m'a totalement captivé et il faut bien dire qu'il traite avec beaucoup de subtilité et en évitant toutes lourdeurs et manichéisme d'un sujet totalement inédit à ma connaissance.
Il parvient avec beaucoup d'intelligence et de trouvailles scénaristiques à rendre ce sujet très complexe absolument lisible même pour des néophytes de la question comme moi et sa mise en scène a l'intuition de rester sobre et classique et d'éviter le spectaculaire qui aurait pu nuire au récit.


Les personnages ont tous une belle épaisseur et ne sont jamais d'un seul bloc, pas de gentils (excepté le couple Sadiq/Aliyah de médecins irakiens dont le métier et l'engagement auprès du peuple irakien induisent forcément une empathie totale) ou de méchants... les choses sont toujours plus complexes que cela... des deux cotés...



Pas plus de bourreaux que de victimes, non plus, ce qui en troublera sans doute certains...


Et point de final rédempteur ici pour remettre tout le désordre en place... au terme de ces trois heures captivantes, aucun personnage ne trouvera de véritable salut et il n'y aura guère de place pour une salvatrice rédemption...
Juste pour le silence après le chaos et le temps d'un deuil qui s'annonce long et difficile.

Dont le spectateur sort aussi groggy que les protagonistes...


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Edité par BBC/Arte Vidéo - Disponible en DVD depuis le 28 septembre 2011