08 février 2012

Le rémouleur, le tailleur, le soldat et l'espion



Voila un film aussi ambitieux et brillant qu'il est complexe et austère. Une vision du film d'espionnage s'attachant moins à des enjeux et à de l'action (façon Fair game, par exemple...) qu'à décrypter méticuleusement les rouages d'un système d'espionnage et de contre espionnage d'un autre temps et de dépeindre un microcosme en déliquescence: L'espionnage à l'ancienne...


La première qualité du film étant sa mise en scène absolument classieuse et qui parvient à rendre passionnant quelque chose qui - avouons le - est emmerdant au possible.


La seconde qualité du film est son scénario, sa complexité et son sens de l'ellipse qui ne sous-estime jamais l’intelligence de son spectateur.


Le problème venant paradoxalement justement de ce point... A force de rendre les choses complexes, presque opaques, on finit par ne plus rien y entendre...


Et c'est la mise en scène même qui sauve le film de l'ennui et du naufrage car son élégance, sa lenteur profondément mélancolique, son sens de l’ellipse qui allège le récit tout en le faisant glisser assez naturellement réussissent à maintenir l'intérêt jusqu'à la fin du film alors que je mets au défi quiconque de m'expliquer clairement et précisément tous les tenants et aboutissant de l'affaire tant on est rapidement et régulièrement totalement largué par le récit.


En effet, le film ne sous-estime jamais son spectateur mais il le surestime sans doute parfois et l'on se noie dans tant de faux semblants, de secrets, de relations ambigües entre les personnages et surtout dans les enjeux historiques de tout cela...


Mais le talent fou de Tomas Alfredson et un casting de luxe (Gary Oldman, John Hurt, Tom Hardy, Kathy Burke, Mark Strong, Toby Jones, David Dencik, Colin Firth...) tous absolument parfaits parviennent à sauver un film semblant toujours sur le fil du rasoir, prêt à s'effondrer. Ce qu'il ne fait jamais...


Et si ce genre de film n'est pas a priori ma came, je reste heureusement persuadé que Tomas Alfredson confirme - après Morse - qu'il est déjà un très grand cinéaste. C'est l'essentiel.



Quand à la bande originale du film signée Alberto Iglesias, musicien attitré d'Almodovar, elle est absolument splendide...


6 commentaires:

selenie a dit…

A mille lieux des James Bond ce film nous replonge dans l'âge d'or du vrai film d'espionnage. Emmené par des acteurs énormes. L'espionnage est d'abord une affaire de renseignements. A ce jour le meilleur film 2012. 4/4

Foxart a dit…

Pour moi c'est Take Shelter, à ce jour... Mais comme tu as du le lire, j'aime beaucoup ce film aussi difficile à aimer soit-il...

Phil Siné a dit…

hey, elle est chouette ta nouvelle bannière ! (à moins qu'elle soit déjà ancienne, j'avoue que ça fait un petit moment que je n'étais pas passer par ici... ;)
sinon, pour la taupe, et si tout cela n'était que prétention ?
mais je suis d'accord avec toi pour dire qu'alfredson est un très grand cinéaste... dommage qu'il gâche son talent sur ça ! ;)

Foxart a dit…

Ne confondons pas ambition et prétention... Et je trouve qu'il ne gâche rien ici. Il sublime même sans doute le matériau d'origine par ses choix de mise en scène....
(La bannière commence à dater, en effet ;) )

Wilyrah a dit…

Une immense déception et un ratage du fait d'un scénario manquant clairement de limpidité. Alors que tout le reste est impeccable.

Foxart a dit…

Le film demande, c'est vrai, une attention de chaque instant...
Et il est vrai aussi qu'on se perd parfois dans le coté labyrinthique du récit... Mais j'avoue que pour moi ça participe de sa réussite...de son mystère...
J'ai aimé m'y perdre...