30 avril 2012

Couille Molle



Mais qu'est-il donc arrivé à Mike Judge ?

Créateur de deux séries TV animées cultissimes - Beavis & Butthead et Les rois du Texas (King of the hill), il est surtout au cinéma l'auteur d'une comédie d'anticipation très décalée bénéficiant d'une réputation à toute épreuve: Idiocracy

C'est pourquoi, on peut se demander comment un auteur comique aussi iconoclaste et réputé a pu se fourvoyer autant avec un projet aussi incolore, inodore et insipide que cet ennuyeux Extract.

Cet histoire banale au possible d'un conflit d'intérêt entre un entrepreneur sympathique, traitant bien ses ouvriers, même pas odieux (Jason Bateman, sous employé...) et un de ses employés ayant perdu un testicule dans un regrettable accident.
Le tout à la faveur de l'intervention manipulatrice d'une jeune aventurière (Mila Kunis, brunette piquante et rien d'autre, ici, hélas...) ne parvient jamais à nous décrocher le moindre sourire...
Ne parlons même pas d'une rire...
Le scénario, archi-convenu et balisé semble n'avoir été écrit que pour donner à jouer des personnages pseudo-décalés à des vedettes du genre venant gentiment y frotter leur image...
On voit ainsi défiler Ben Affleck, Kristen Wiig, J.K.Simmons, Clifton Collins Jr, Beth Grant, Dustin Milligan ou David Koechner dans des rôles tous plus falots les uns que les autres qui composent sans vraie conviction les personnages les plus factices et transparents produits par une comédie américaine ces dernières années...
Ils sont tous corrects mais ils n'ont malheureusement rien à défendre tant le propos même du film semble reposer sur un vide intersidéral (et sidérant) et tant le rythme de cette comédie pas drôle est molle du genou et semble avoir été vu mille fois... et en mille fois mieux...

On est bien loin ici du génie comique des comédies déjantées, brillamment écrites, interprétées et mises en scène des frères Farelly (Les femmes de ses rêves), de Judd Apatow (Funny people), Nicholas Stoller (American trip), Greg Motolla (Supergrave), Kevin Smith (Zack & Miri font un porno), Miguel Arteta (Youth in revolt/Cedar Rapids) ou Drew Barrymore (Bliss) qui fleurissent ces dix dernières années aux USA et marquent un vrai renouveau et un belle vigueur de la comédie américaine.

On pourrait même parler d'un véritable nouvel âge d'or d'une comédie américaine qui après s'être un peu perdue dans des slapsticks souvent indignes (American Pie pour le pire et les Scary movies pour le meilleur...) et vulgaires semble enfin sortir la tête de l'eau...

Extract parait clairement vouloir s'inscrire dans cette mouvance mais ne parvient jamais à faire mouche...
Il lui manque beaucoup d'irrévérence, un vrai timing comique, des dialogues moins artificiels et surtout une dose de folie qui ne transpire jamais ici, ni des acteurs, ni du récit et encore moins d'une mise en scène soignée mais d'une totale platitude...




Et l'on se demande même ce qui a valu à ce film l'honneur d'être distribué chez nous tout particulièrement en édition blu ray (en tous points irréprochable, ceci dit !) tant le film parait anecdotique, impersonnel et raté...

Et pourtant, Dieu sait que je suis très client de ce type de comédie, mais à un moment donné, on ne peut que constater qu'une comédie pas drôle, c'est comme un film d'horreur qui ne fiche pas les chocottes... Aussi soigné soit-il, on s'y ennuie ferme et on a comme la désagréable impression d'avoir été trompé sur la marchandise et de se farcir un film un peu "couilles molles", un comble - ici - en l'occurence...

12 avril 2012

Dog eats dog eats dog eats dog....


Lorsque Jean-Michel Basquiat, à la fin des années 70, laissait ses petites phrases signées SAMO© (Same Old Shit...) sur les murs de Soho, il y avait clairement là une démarche artistique, politique et poétique qui le plaçait d'emblée davantage dans la lignée des grands artistes du XXème siècle que dans celle du vandalisme.


Lorsque des artistes comme Keith Haring, Futura 2000, Seen ou John"Crash"Matos, recouvraient les murs de leurs fresques dans les années 80, ils inventaient clairement un art nouveau, des formes artistiques nouvelles et des modes d'expressions inédits bien que millénaires (les peintures rupestres de la préhistoire...) et bravant l'interdit.
Ils composaient l'art le plus révolutionnaire et florissant de la fin du XXème siècle.





Aujourd'hui, graffeurs et taggeurs ne font que répéter à l'envie les modes opératoires de leurs pères fondateurs et de leurs grands frères, comme de parfaits faussaires, dans le meilleur des cas, ou le plus souvent comme de simples vandales qui marquent leur territoire comme des chiens pisseraient sur des réverbères.
Il suffit de regarder autour de nous dans nos villes et sur nos routes pour constater l'appauvrissement formel de cet art et l'essorage intellectuel que lui a fait subir le passage au nouveau siècle.


La majeure partie des graffeurs d'aujourd'hui ne font que reproduire consciencieusement les typographies de Crash ou Seen et les fresques de 2012 ressemblent à s'y méprendre à celle de 1982.
Quand aux tags, ils alimentent les guerres de gangs et polluent notre champs visuel davantage qu'ils ne l'éclairent...
Il ne restent guère que quelques valeureux artistes aux USA ou en France pour tenter de renouveler le genre et il faut bien souvent parcourir le globe pour trouver un nouveau souffle artistique à l'art du graffiti et à l'expression murale...
Pour info, dans sa série Les Nouveaux explorateurs, Canal+ diffuse régulièrement des docs de Julien"Seth"Malland - "Globe Painter" - entièrement consacrés au Street art qui montrent sa vigueur dans le monde, sa nature contestataire dans les pays opprimés et sa force d'expression intacte, notamment dans les pays les plus pauvres...


Je vous épargnerais de m'attarder davantage sur l'histoire de ces arts, mais il convient d'évoquer ces questions avant d'aborder sérieusement Bomb the system d'Adam Bhala Lough (2002) car elles sont justement au cœur même du film.

En effet, à travers cette histoire très Scorsesienne de destins en forme de cercles vicieux, d'esprit de bande et de transmissions familiales, le réalisateur évoque clairement en filigrane cet appauvrissement culturel véhiculé par le monde du graf, mais surtout ses connections dangereuses avec la délinquance, la corruption (par la télévision, les galeries d'art ou les trafics divers...) et les guerres de gang.

Ce qui était un mode d'expression iconoclaste, certes illégal mais pacifique, est devenu le vecteur ou l'expression des pires travers de nos sociétés occidentales contemporaines.
C'est dans ce constat (assez subtilement établi) que le film trouve, en effet, une de ses plus grandes forces en se coltinant de manière très frontale cette déliquescence d'un mode artistique autant qu'à la disparition d'un discours esthétique ou polémique.
Et s'il n'évite pas certains manichéismes, une approche un peu caricaturale et même une certaine naïveté parfois, ce qui transparait clairement de ce premier long métrage est une vraie connaissance de son sujet, une vraie honnêteté intellectuelle et un évident désenchantement pour quelqu'un qui a sans doute grandi à l'ombre de ces maitres d'un mouvement dynamique et novateur et qui ne peut que se désoler des déviances actuelles du système.


Au point qu'on ne sait plus très bien de quel système il est question dans le titre...
Le système étant celui imposé par les états et Le grand Capital, mais aussi le système lui aussi corrompu jusqu'à la moelle de l'autorité (policière, fraternelle...), celui des trafics (de drogue, notamment...), des dérives sectaires ou tout simplement d'un art libre et neuf qui a fini par périr en devenant lui même systématique dans ses formes autant que dans l'inscription des artistes eux-mêmes dans d'autres systèmes (ceux des galeristes, du trafic, des répétitions formelles des anciens sans aucun apport artistique novateur, etc...).

La seule porte de sortie se trouvant du coté de l'éducation, notamment artistique, par les projets d'études artistiques de Blest, le personnage principal du film.


A moins que - une fois n'est pas coutume dans ce milieu quasi-exclusivement masculin et macho du street art - l'on se tourne vers les filles, seules à sembler encore chercher un sens politique et poétique dans l'art des rues par un système de pochoirs et de collages qui interpellent les passants (retour aux fondements du graffiti...) et par une tentative - par l'art - de révolution des esprits pour lutter contre la lobotomie généralisée...


Mais hélas, elles incarnent peu l'espoir car elle ne sont pas entendues et le film garde tout du long sa tournure dramatique.
Il accorde un regard juste sur l'avenir (et sans doute, en 2002, pense-t'il au renouveau qu'apportent des artistes comme Banksy en Angleterre...) mais on sent bien que - à l'image de son maitre évident, Scorsese - la rédemption est sans doute possible mais le salut peu probable.

Une approche que certains trouveront pessimiste, voir même fataliste, mais qui me parait personnellement simplement lucide.


Et le film a dans tous les cas le vrai mérite de traiter de front un sujet pour le moins singulier, ce qui inspire un vrai respect...
On passe alors aisément sur les innombrables défauts de débutant de ce qui reste un premier film, visiblement fauché et tourné grâce à l'énergie d'une vraie bande, de l'enthousiasme des acteurs tous impeccables (sauf les flics, mal écrits, caricaturaux et mal joués).
Mention spéciale à Mark Webber, magnifique !
On ferme les yeux sur les incontestables faiblesses d'écriture du scénario et notamment sur l'aspect familial et policier du film qui semble avoir déjà été vu mille fois, en mieux...


Mais la mise en scène est soignée et prometteuse (Adam Bhala Lough a réalisé 3 films depuis, il serait intéressant de les voir...), malgré l'usage et l'abus du ralenti...
la photographie est très belle, dotée d'un beau grain cinéma et de couleurs éclatantes auxquelles le transfert DVD ne rend malheureusement pas hommage... En effet, la pixellisation, le flou et l'écho permanent de l'image sont absolument indignes du support DVD et je ne félicite pas l'éditeur Emilya qui nous avait habitué à mieux mais qui livre là une de ses pires galettes, semblant avoir été directement rippé d'un support numérique de piètre qualité.
Or il suffit de voir des images du film pour vérifier que la faute n'en revient pas au film original mais bien, soit au master qui a été utilisé, soit à un transfert inepte...
Et les sous-titres sont tout aussi approximatifs, traduisant assez partiellement les dialogues, parfois apparaissant et disparaissant comme des images subliminales illisibles et aussi, de temps en temps, désynchronisés ou ne traduisant pas du tout certaines répliques.


Bref, ça sent le fond de tiroir et c'est bien dommage, car ce film, vieux de dix ans, méritait clairement d'être exhumé et redécouvert... Il aurait été souhaitable que ce soit avec davantage d'égards et de respect... Car il le vaut bien...




Bomb The System (2002) - Official Trailer [VO-HQ] par Eklecty-City