07 août 2012

Aux grands maux les grands remèdes

Affiche française

 

Difficile voir impossible de parler de The Tall man (The Secret, chez nous, allez savoir pourquoi ??) sans en déflorer un tant soit peu le récit et ses multiples rebondissement.
Il est probable en tout cas que ce nouveau film de Pascal Laugier, même s'il est globalement un peu décevant, réconcilie ses admirateurs et ses détracteurs...
En effet, il me semble que Laugier est, depuis le début un cinéaste sous estimé, mal compris, adulé pour de mauvaises raisons ou détesté pour pratiquement les mêmes raisons...



Affiche espagnole ?



Ce film a au moins le mérite de clore un passionnant début de carrière et de marquer clairement l'heure des bilans...

De Saint-Ange, tout le monde a loué la maestria technique mais beaucoup ont n'y ont vu qu'un simple exercice de style, en forme d'hommage aux maitres - Bava, Argento, Fulci - ou au genre "Hantise" (La Maison du diable, etc...) sous-estimant la finesse du regard de Laugier sur ses personnages, ses velléités à faire des films posant de vraies questions, cherchant à faire sens...et ses ambitions stylistiques, en les réduisant à de l'esbroufe...
La fin du film, notamment, en a dérouté plus d'un et elle a même été sévèrement jugée, comme flirtant avec le ridicule, alors qu'elle n'était que la marque évidente d'un sérieuse audace et du gout pour les expériences borderline du cinéaste.
Il semble qu'avec le temps, le film se trouve de plus en plus réhabilité et il me parait aujourd'hui bien parti pour devenir un vrai classique du genre à la française...






Martyrs avait créé une vraie controverse et m'avait paru mal aimé autant par ses détracteurs que par ses adorateurs.
Les anti-Martyrs lui reprochant son extrémisme complaisant dans la violence, le changement de ton perpétuel du film (encore "l'exercice de style, esbroufe virtuose mais creuse") et le flou artistique entretenu par Laugier concernant le fond du film, les thématiques abordées et notamment celle de l'extase mystique des martyrs comme un parti pris jugé pour le moins radical en pleine vogue de "Torture porn"... Une fausse mauvaise odeur d'ambigüité... Malentendu total




Les pro-Martyrs, louaient le film bien souvent pour les mêmes raisons, séduits par le jusqu'au-boutisme radical de la violence qui en ferait LE torture porn ultime (alors qu'il en est l'exact opposé...), épaté par le rythme et la virtuosité de la mise en scène (sans percevoir que ces changements de braquet réguliers proposaient chaque fois de nouvelles thématiques, jusqu'à une mise en abyme vertigineuse). Bref, beaucoup de ceux là n'aimaient le film que par sa radicalité formelle et thématique et n'y percevaient sans doute pas l'intelligence, la subversion et l'ambition tant formelle que thématique du film.




The Tall man décevra sans doute énormément les premiers car le film apparait nettement plus "mainstream" dans son déroulement et il agacera sans doute les seconds, plus exigeants par le manque de subtilité du message délivré par le film.




En revanche, il est fort probable qu'il soit le film qui marque le premier grand succès public de Laugier car le film a tout pour cartonner.
A commencer par sa tête d'affiche, Jessica Biel, absolument remarquable et qui trouve là, sans doute, son premier VRAI grand rôle.
Elle est non seulement d'une beauté inédite (je ne l'avais jamais vu si naturelle et paradoxalement si sublime, même sérieusement amochée) mais elle permet au récit - un peu bancal - de tenir son cap jusqu'au dénouement.
Et tout le casting est au diapason, Laugier sait choisir ses acteurs et les diriger... Samantha Ferris, notamment est absolument remarquable !


Le sujet du film (en tous cas celui supposé avant de le voir...) de la disparition régulière de tous les enfants d'une petite ville devrait aussi captiver tant il touche à tant de faits divers qui interpellent tout le monde.
Enfin, sa dimension quasi-fantastique, en la personne du Tall Man, devrait achever d'attirer les amateurs de mystères...


Mais il m'est difficile de pousser plus avant mon analyse du film sans en dévoiler ne serait-ce qu'une partie...
Disons simplement que le film n'est, au final -comme les deux précédents - pas du tout ce dont il a l'air à priori et que sa forme (moins brillante et inventive que les deux précédents mais très honnête et vraiment efficace avec quelques grands moments) cette fois, n'élude en rien le message du film...


Pour ma part, hélas, justement, c'est un peu là que le bât blesse...
Non pas que le discours du film soit idiot ou inintéressant, loin de là... Il me semble simplement un peu plus "unilatéral" et sans doute surtout un peu trop appuyé...
Pour ceux qui ont vu le film, je dirais juste qu'il y a un regard caméra un peu lourdingue et un "right?" de trop, peut-être même deux... Un seul aurait suffit... sans que la jeune femme n'ait à nous interpeler du regard...
Je trouve que le film s'achève là avec de bien gros sabots sans doute pour éviter toute ambiguïté et toute polémique, ce qui est bien dommage car Martyrs savait parfaitement jongler avec la patate chaude de ses thématiques sans jamais chercher à nous mâcher le travail... Ni à nous servir une patate tiède... prête à penser...



Et c'est là le principal défaut de The Tall man...
Qu'il soit tiré par les cheveux n'apparait finalement que peu, grâce au talent de conteur de Laugier et à l'efficacité de la mise en scène...
Mais ce qui aurait pu être une évocation poético-macabre façon Le joueur de flute de Hamelin (que le film n'évoque jamais, mais auquel on pense forcément souvent) tourne un peu à la question philosophico-éthique... Thèse, antithèse, synthèse, conclusion et à toi de te questionner et de positionner maintenant cher spectateur.


Le film ni a démarche de Laugier n'en apparaissent pour autant cynique, malhonnête ou encore moins antipathique mais disons que cela manque de finesse et malgré tous les brouillage de piste du film, sa résolution lui fait rétroactivement perdre beaucoup de sa finesse et de son mystère...




D'où la déception, pour ma part, mais le fait évident qu'il s'adresse à un bien plus large public que celui des cinéphiles, des fantasticophiles ou des anthropocinéphages... Au grand public...

A lui de juger... désormais, le film sort début septembre et devrait - selon toute logique - rencontrer un beau succès (à l'échelle du genre, évidemment)... C'est d'ailleurs tout le mal que je lui souhaite.



En espérant que la critique ne l'égratigne pas trop, ce qui pourrait grandement lui nuire.
Et en souhaitant qu'il attire un autre public vers les deux premières œuvres de Pascal Laugier, qui après le formidable et mésestimé Saint-Ange et le génial Martyrs, impose avec ce Tall Man, malgré une certaine déception de ma part, qu'il est un cinéaste raide amoureux du genre et qui n'a sans doute pas fini de nous étonner.

Affiche US

PS: l'affiche française est absolument sublime contrairement à l'horrible affiche US, mais en revanche, The Tall man était un très beau titre, qui prenait en prime un beau double sens après visionnage du film alors que The Secret est un titre "franglais" complétement atterrant de connerie et absolument vide de sens... Décidément les mystères et "secrets" de la distribution en France sont impénétrables... Imbitables, même !

4 commentaires:

mangrove a dit…

Mais l'affiche française n'est pas du tout "commerciale" (difficile de dire que c'est un thriller, difficile de voir le panneau avec les disparus, ...) : un simple coup d'oeil laisse penser à un drame social d'Europe du nord, non?

Alors certes elle est moins mensongère que l'affiche et le titre original (encore que le synopsis officiel français du film le soit encore totalement) mais il y avait quelque part un second degré de lecture dans la créa US originale.

La bande-annonce noyait le poisson beaucoup mieux (je pensais que Biel était la baby-sitter quand je l'ai vue) même si elle mentait comme un arracheur de dents dans son premier carton ("première moitié du film", mon c...). Mais il était accrocheur!

Bref, j'ai été choqué de me trouver devant un drame social canadien (Europe du nord c'est trop glauque) alors que je pensais me trouver devant un "thriller à changement de braquets" comme l'était Martyrs.

Foxart a dit…

Où ai-je écrit qu'elle était plus ou moins "commerciale" ???
J'ai dit qu'elle était plus belle... En revanche attention aux spoilers...
Là, tu joues un peu avec le feu dans tes commentaires sur les Trailers et affiches...
Je recommande une totale discrétion et surtout, je conseille à tous d'éviter de lire ou de voir quoique se soit sur le sujet...
Enfin, en ce qui me concerne, je me suis tenu à tourner autour du pot sans jamais rien dévoiler...

mangrove a dit…

Je commente et je me fais engueuler, y'a pas de justice...

Et j'avais fait exprès de ne pas spoiler en plus. Ouin!

Bon pour moi une affiche de ciné n'est pas un objet artistique en soi, elle a pour but de promouvoir une oeuvre donc tout jugement se doit de prendre en compte cet aspect.

C'est comme "Cabane au fond des bois" que vous avez détesté, que je trouvais belle, différente et impactante même en simple coup d'oeil (facteur le plus important pour une affiche, je trouve) mais au point de vue commercial, zéro pointé! Y'avait Thor dans le film, qui était dans Avengers, écrit par le même scénariste, sortant une semaine après et pas un mot ou visuel sur l'affiche????!

Pour en revenir à The Secret, c'est une prod SND, le distributeur français donc on imagine que les enjeux financiers sont plus importants donc je ne comprend pas ce visuel d'affiche. Quand il était paru dans Mad Movies (sans date de sortie...), je m'étais dit "chouette teaser, mais la vraie affiche a intérêt à être plus vendeuse". Ah, bah non, raté.

Ca m'énerve d'autant plus qu'on sent que c'est la volonté de Laugier qui intervient en direct sur la sortie de son film en France et qui ne sait pas ce que c'est du marketing.

Martyrs c'était tellement bien... The secret m'a énervé mais au moins j'ai pas fait comme aicn qu'a tout spoilé du début à la fin tellement il l'a mal pris!

Foxart a dit…

Mais non, mais non, pas engueuler ;)
Ne dramatisons pas lol

En tous cas, mon avis concernant les affiches est opposé au tien...
Pour moi, une affiche devrait toujours être une oeuvre d'art en soi...
D'ailleurs, autrefois les César attribuaient même un César de la meilleure affiche.
Et en tant que collectionneur, vraiment, une affiche n'est pas importante QUE d'un point de vue commercial...
Je suis même assez persuadé qu'elle n'a que peu d'impact sur les entrées, dans la plupart des cas...
SAuf peut-être quand elle est très chiadée, comme celle de La Cabane dans les bois ;)