13 août 2014

L'Enfer pavé de "bonnes" intentions ?




Dans la toute dernière partie du film, Ruth Halimi, interprétée par Zabou Breitman, déclare avoir eu le sentiment qu'Ilan était mort deux fois alors qu'était nié - dans un premier temps - le caractère fondamentalement antisémite de son assassinat...
Malheureusement, après visionnage de ce film raté, on serait presque tenté de dire qu'il lui a infligé une nouvelle fois la mort.
Malgré toutes les évidentes bonnes intentions du projet, le résultat est d'une telle maladresse touchant parfois à l’indélicatesse et au grotesque qu'il devient évident qu'il aurait mieux valu qu'Arcady s'abstienne de s'attaquer à un sujet qui demandait - de toute évidence - un traitement plus maîtrisé, plus subtil et plus affirmé dans ses partis pris.
Hélas, le réalisateur ne se pose même pas les plus élémentaires questions: fallait il notamment affirmer le parti de ne voir l'affaire que du coté de la famille et dans ce cas occulter toute image de la détention d'Ilan et tout particulièrement, était il nécessaire d'infliger au spectateur (et à la dite famille Halimi...) ces insoutenables et absolument obscènes séquences d'injures, de passage à tabac et de torture physique et mentale du jeune homme.




Où est la morale dans le fait de filmer de manière aussi frontale (sans mauvais jeu de mots) le fait de voir un membre du "gang des barbares" lui écraser une cigarette sur le front ?
La question de la violence et de la barbarie était pourtant au cœur de l'affaire, mais en choisissant l'idée de situer son récit en périphérie de ce kidnapping (la tension familiale, l'enquête policière, les manipulations entre psys, policiers, Youssouf Fofana, etc...), il eut été judicieux de choisir de ne pas montrer.
Mais pour Arcady, la fin justifie TOUS les moyens, y compris les plus indécents, pour arriver à la démonstration bien davantage de l'aveuglement de nos administrations (en particulier la police et le Ministère de l'Intérieur) que d'avoir la modestie et la finesse de s'en tenir à son sujet qui prétend être l'insupportable calvaire de l'attente et du harcèlement auxquels sont soumis les membres de la famille Halimi, et notamment le père (Pascal Elbé comme toujours épatant !) et de décrire tous les mécanismes de l'enquête (ce qui est d'ailleurs le plus réussi et le plus potentiellement passionnant dans le film).



Mais le film oscille entre une absence totale de point de vue et inversement à un discours victimaire assez déplaisant, du même acabit que celui qui poussait le réalisateur du film durant la promo, à affirmer partout que l'assassinat d'Ilan Halimi était "le premier meurtre antisémite depuis la Shoah", ni plus ni moins...
Outre le crédit maximal de points Godwin, ce statut démontre le cruel manque de nuance d'Arcady dans son propos et la volonté de faire un film partisan plutôt que de se tenir à la force intrinsèque de son récit et de ses personnages.
Ce manque de subtilité est - pour être honnête - une des marques de fabrique d'Arcady et ses derniers films notamment n'ont vraiment pas brillé par leur finesse mais bien plus par leur comique involontaire...
Et si l'on pouvait jeter le bébé "Les 5 doigts de la main" avec l'eau du bain, sans aucun état d'âme, il est difficile d'être seulement effaré, amusé ou accablé par une telle farce concernant un sujet aussi sensible et douloureux que celui du calvaire d'Ilan et de sa famille.
Et même si on sent bien que cette fois Arcady a pourtant tenté de mettre la pédale douce sur beaucoup d'aspects, on a du mal à comprendre parfois la maladresse ou la lourdeur de certains aspects.
On est parfois stupéfait de voir comment est pensée la direction d'acteurs: comment ne pas s'agacer de la façon dont les soeurs d'Ilan se montrent d'une hystérie totale en complet décalage (forcé) avec le mutisme et le regard "vide" de la mère... 
Zabou, ne s'en sort pas si mal, mais certaines scènes sonnent si faux qu'il est difficile de ne pas la plaindre quand elle débite des dialogues aussi ineptes...
Même constat du coté des acteurs "flics", Sylvie Testud, Jacques Gamblin et Eric Caravaca s'en sortent bien mais le traitement et les dialogues sonnent tout aussi creux.
Tout cela est d'autant pus regrettable que le film réussit parfois, pendant quelques minutes, ça et là, à atteindre vraiment son objectif et démontre que malgré toutes ses maladresses, subsiste un vrai sujet et un récit puissant.
Tous les aspects de l'enquête policière notamment, peu connus et mal décrits à l'époque dans les médias sont vraiment passionnant et on ne cesse de penser que ce récit entre les mains d'un cinéaste de talent auraient pu donner un film d'une grande force et d'une émotion vraie (hélas, le film n'émeut jamais, un comble !).



Je pense notamment au traitement qu'avait su proposer Vincent Garenq à l'affaire d'Outreau dans Présumé Coupable, en prenant également une affaire par un biais différent (vu de l'intérieur par l'un des innocents accusé à tort) et démontrant une vraie direction d'acteur (Philippe Torreton, immense !) tout en gardant le cap de son récit sans jamais vouloir faire passer un message au forceps...
Le film n'était pas sans maladresses, certes (mais il ne s'agissait que d'un deuxième film, d'un jeune réalisateur...), mais il se posait les bonnes questions en matière de morale concernant son sujet et possédait un vrai regard, tout en ayant une vraie confiance en la force intrinsèque de son récit.
Bref, le film avait un cap et s'y tenait...
Loin d'être le cas de celui ci qui semble davantage chasser d'autres démons (ceux de la montée de l'antisémitisme en France, et sans doute dans le monde...) que de tenter de rendre un hommage juste et digne à Ilan Halimi et à sa famille.
En cela, malgré le fait que le film ne manque pas totalement d'intérêt, il s'avère un objet assez antipathique et parfois même tout à fait détestable... Et ce d'autant plus qu'il use et abuse d'un fait divers réel, récent, traumatisant et connu et condamné de tous...
Ilan Halimi et sa famille ne méritaient pas ce traitement partisan. A trop vouloir sortir du fait divers pour toucher à une analyse géo-politique de comptoir, Arcady manque d'humilité et foire son sujet.









S'il s'agissait d'une fiction, on pourrait simplement s'en moquer et la balayer du revers de la main, mais hélas...
Le calvaire et l'assassinat (et leur nature antisémite) d'Ilan Halimi sont bien réels...et le film ne reflète guère la simplicité funeste et sordide de ce fait divers immonde, préférant lui accoler un propos globalisant plus discutable et déplacé.













2 commentaires:

Fr@nKeIn$OuNd a dit…

antisémitisme ou antitionniste?
Rien ne justifie la barbarie Surtout Dieu d'ou qu'il soit....
On est tous ses enfants élus à vivre,le reste c'est notre auto-malheur.....
c'est tellement simple que personne n'y pense;)

Foxart a dit…

Pas sûr de bien comprendre votre raisonnement...
L'enlèvement, la torture et l'assassinat d'Ilan Halimi seraient "antisionistes" et non antisémites ?
Pour le reste, rien ne justifie la barbarie, certes, mais rien n'oblige à en tirer de mauvais films, puisque c'est bien d'un film que nous parlons ici ;)