26 janvier 2015

Cher Philippe Geluck "Billet dur"



Il m’avait échappé que la castration obligatoire des chats s’appliquait également à leurs maîtres. Aussi ai-je été étonné, puis agacé, puis révolté, puis attristé, en t’entendant mercredi midi sur Europe 1, une semaine heure pour heure après l’attaque dont a été victime Charlie Hebdo. Invité à commenter la couverture de l’héroïque numéro sorti le jour même, tu indiquais la trouver “dangereuse”, tout en ajoutant un bien faux derche “mais je la comprends”.
Ben non, vois-tu, Philou, je crois que tu n’as rien compris. Ni à cette couverture digne et bouleversante, ni à son caractère profondément respectueux, ni à la complexité en abyme de son message, ni à la désolation sensible de son auteur, encore moins à la nécessité impériale de faire front au moment le plus épineux, le plus tragique sans doute, de toute l’histoire française du dessin de presse.
Toi et Plantu, les VRP du crayon, les Pipo et Bimbo de la fausse insolence pour profs de collège en retraite, on vous a vus et entendus partout pendant les jours qui ont suivi le drame. La larme à l’œil et l’humour en berne, vous rappeliez mécaniquement votre attachement à la liberté d’expression (c’était la moindre des choses), tout en prenant d’imperceptibles distances morales vis-à-vis du sujet le plus inflammable, à savoir la représentation du prophète Mahomet.
Armés du désir bien tiède de ne pas “choquer les consciences” ou “jeter de l’huile sur le feu”, vous n’avez que trop ânonné ce catéchisme convenu qui équivaut à plier aux injonctions irrationnelles et meurtrières de quelques fous.
Peut-être, mais je n’ose y croire, étais-tu pour ta part animé par cette prudence sans noblesse du type qui tient à protéger son petit commerce de librairie-papeterie-objets dérivés, préservant aussi ses liens commerciaux avec des marques qui ne goûtent guère la controverse.
En bref, appelons un chat un chat, ton verdict final sur Europe 1, ça sentait un peu le déballonnage, avec propulsion discrète de désodorisant pour évacuer l’odeur de soufre, le courage des uns n’ayant pas obligatoirement à stimuler la témérité des autres, et les affaires et commandes devant reprendre.
Ça te regarde, mais c’est un peu lâche. Tant il est vrai qu’avec ton chat, à part une fatwa de Grosminet ou d’Hercule, le copain de Pif, tu ne risques pas grand-chose. Plus rien à craindre du tout du côté de Patapon, le chat égrillard créé par Charb, il a été assassiné avec son maître, le “dangereux” provocateur de barbus.
A la manière des journalistes qui, le cul vissé à leur fauteuil dans des rédactions occidentales capitonnées, mégotent sur l’imprudence de leurs confrères qui s’aventurent sur les zones sensibles avec le risque d’être pris en otages, le dessinateur qui pointe la dangerosité du travail des autres passe pour un bandemou du fusain, un démineur du porte-mine, un couard à pas feutrés multicolores. Un charlot plutôt qu’un Charlie.
Je t’embrasse pas, j’ai un chat dans la gorge.



Christophe Conte


Source: Cher Philippe Geluck « Billet dur

24 janvier 2015

Roberto Saviano: Rendez-vous au prochain attentat










Roberto Saviano, en mars 2009 à Milan. (Photo Alessandro Garofalo. Reuters)



TRIBUNE



Rendez-vous quand le sang sera encore versé et qu’on sera tous de nouveau solidaires. L’attention, la proximité, tout se tempérera, tout se dissoudra puis on se donnera rendez-vous à la prochaine tuerie. Il y aura des étreintes et il y aura la conviction que la liberté d’expression doit être défendue à tout prix, car c’est le fondement de tous les droits. Et avant, tous ceux-là, où étaient-ils ?
Du Parlement européen, des chefs d’Etat, de Matteo Renzi, Angela Merkel, François Hollande et David Cameron, j’attends qu’ils organisent, un mois après l’attentat contre la rédaction de Charlie Hebdo, un conseil européen consacré à ceux qui paient et ont payé le prix fort en défense de la liberté d’expression, ceux qui vivent sous protection policière, qui ont subi des menaces et des agressions, qui ont été victimes de chantages et de violences en tout genre. Que l’Europe se réunisse et écoute ceux qui, au nom de la culture, de l’art et de l’information, risquent leur vie. Qu’elle comprenne que c’est sur l’exercice de ces libertés qu’elle repose - que notre vie repose.
J’ai été frappé par cette phrase prophétique de Charb : «Je n’ai pas peur des représailles. Je n’ai pas de gosses, pas de femme, pas de voiture, pas de crédit. C’est peut-être un peu pompeux ce que je vais dire, mais je préfère mourir debout que vivre à genoux.» On dirait la profession de foi d’un moine soldat, d’un volontaire au combat, quelqu’un qui sait que chacun de ses choix peut coûter cher à ceux qui l’entourent. Charb était dessinateur, il dirigeait Charlie Hebdo, mais ses paroles sont celles d’un homme qui part au front, d’un médecin en mission en plein cœur de l’épidémie.
C’est avec le chantage et la peur qu’on détruit la liberté d’expression. Et on est bel et bien en train de la détruire, n’en doutons pas.
Je ne suis pas d’accord avec ceux qui disent qu’à présent, le message de Charlie est arrivé partout et qu’ils ont donc gagné. C’est une vision romantique, c’est trop facile. Non. Non : leur vie était plus précieuse que ça, réaffirmer des droits ne justifiait pas qu’ils la sacrifient. Et les risques avaient été sous-estimés. Charb ne bénéficiait pas d’une vraie protection policière, juste d’un chauffeur et d’un homme armé.
Il s’était passé la même chose pour Salman Rushdie, auquel on répétait ces mots, que je ne connais moi aussi que trop bien : «Dépose une gerbe de fleurs sur la tombe de l’ayatollah Khomeiny, car sans lui tu ne serais pas si célèbre que tu l’es devenu.»Face à une situation de menaces, il n’y a presque jamais de vraie solidarité, plutôt le soupçon que celui qui en est l’objet ait trouvé là un bon moyen de faire parler de lui.
La liberté d’expression n’est pas un droit acquis qui ne s’exercerait que dans la presse et devant les tribunaux : c’est un fait, un principe plus fort que tous les textes de loi. C’est la substance, la chair qui fait que le monde occidental est libre, malgré ses contradictions et ses contraintes. C’est l’horizon vers lequel des millions d’hommes sont en marche.
Ecrire peut être dangereux, c’est évident. Mais quand celui qui écrit en tire un profit économique, quand on apprend que ses textes font l’objet d’un commerce (livres, journaux, bandes dessinées, films), alors, inexplicablement, on estime qu’il mérite un peu moins d’être protégé, que sa sécurité n’est pas si importante et, qu’au fond, il ne fait tout cela que dans son seul intérêt. Et on conclut en disant : il l’a un peu cherché, non ? Wolinski et ses camarades aussi ont subi des accusations de ce genre.
En réalité, bien que la France ait beaucoup mieux répondu aux premières menaces et à une première agression contre Charlie que ne l’ont fait d’autres pays européens dans des situations comparables, et qu’elle ait affirmé que ceux qui s’estimaient victimes d’une offense pouvaient toujours s’adresser à la justice, c’est précisément sur elle que l’attaque s’est abattue, et pas sous forme de plainte ou de procédure légale, mais dans le seul tribunal que ces exaltés connaissent et fréquentent : celui de la violence armée.
Un peu partout, on entendait des critiques à mi-voix contre les caricatures publiées par Charlie, on disait que les dessinateurs poussaient le bouchon pour stimuler les ventes et rétablir la situation économique du journal : un humour massif et sans nuances, voire indélicat, a plus de prise, il saute tout de suite aux yeux. Mais il est vrai que le blasphème est un droit, quand certaines questions de principe se posent, et ce droit lui-même devient dès lors intouchable. Rappelons que bien des journaux qui ont critiqué les prétendus excès de Charlie Hebdo publient toutes sortes de ragots, et violent, sans aucune pudeur, le droit au respect de la vie privée, ce queCharlie n’a jamais fait. On ne devrait jamais se taire ou pratiquer l’autocensure par crainte d’être victime de chantage, menacé, haï, voire assassiné, c’est indiscutable.
L’Europe actuelle oublie de défendre la liberté d’expression. Cet oubli ne signifie pas qu’elle a renoncé à ce droit, mais qu’elle l’a négligé, qu’elle a fait preuve d’inertie, jusqu’au jour aux certains l’ont enterré sous une montagne de projectiles. Le problème ne se pose pas que dans le cas du terrorisme islamiste, mais aussi dans celui des affaires mafieuses : les gouvernements hésitent, les tribunaux considèrent les mécanismes de menace comme des délits périphériques, ne les condamnant que quand le sang a été versé.
Je m’interroge : sait-on combien de journalistes sont morts l’année dernière ? Soixante-six. Et cent soixante-dix-huit autres ont été arrêtés.
En Turquie, vingt-trois journalistes sont en prison uniquement parce qu’ils ont écrit dans un journal critique à l’égard du gouvernement.
Je m’interroge : comment peut-on oublier si facilement qu’au Mexique, on risque de se faire tuer pour un tweet, qu’en Arabie Saoudite, Raif Badawi a été condamné recevoir à mille coups de fouet (les cinquante premiers lui ont été infligés il y a quelques jours) parce qu’il avait ouvert un forum de débat en ligne sur l’islam et la démocratie ? Oublier qu’en Italie des dizaines de personnes sont contraintes de vivre sous protection policière, qu’au Danemark on a déjà tenté d’assassiner le dessinateur Kurt Westergaard, l’auteur des caricatures de Mahomet ? A-t-on déjà oublié le réalisateur Theo Van Gogh, tué aux Pays-Bas ? Et au Mexique, María del Rosario Fuentes Rubio, éliminée à cause de sa campagne sur Twitter, et les dizaines d’étudiants qui avaient participé à une manifestation ? Suffit-il que cela ne soit pas arrivé à Paris ou à Berlin pour qu’on l’oublie ?
Certes, «Nous sommes tous Charlie», au nom d’une solidarité émotionnelle instinctive, cette pulsion que Kant décrivait comme la capacité immédiate de percevoir avant la raison ce qui est juste, et ce qui ne l’est pas. Comme si cette capacité de discernement était inscrite en nous. Mais il s’agit toujours d’une forme d’adhésion qui vient une fois que le sang a coulé.
Charlie Hebdo ne s’adressait pas à des millions de lecteurs. Le journal était en difficulté, le risque de fermeture toujours imminent. Il ne s’agit pas d’une attaque contre TF1 ou un grand quotidien national. L’explication est peut-être d’ordre tactique : il est plus facile de prendre d’assaut une petite structure qu’une grosse, dotée d’un appareil de protection important. Mais, ce n’est pas la seule raison, et pas la principale : indépendamment de la taille, lorsqu’un message parvient à s’extraire de la masse des articles et des journaux, il frappe plus fort, il blesse, c’est comme un clou qu’on plante. Ce n’est pas le plus grand qui fait peur, c’est celui qui sait inventer une forme d’expression et la faire passer, mettre en lumière des contradictions et ne pas se contenter de jouer la partition habituelle. Du reste, toute stratégie militaire de défense identifie les lieux sensibles du territoire, et désormais, on l’a vu, ce ne sont plus les Parlements, les ministères et les casernes. S’en prendre à des soldats est un acte de guerre, qui relègue le conflit au domaine de la guerre. Frapper des politiques «dilue» la portée militaire du message : comme il n’y a plus aujourd’hui de personnalité politique européenne qui incarne l’Histoire et les valeurs de l’Union, cela risquerait de passer pour une attaque isolée.
Mais abattre des artistes, des intellectuels, des blogueurs, pour le terrorisme islamique comme pour celui des narco-trafiquants, c’est abattre la pensée. Cela permet d’intimider tout le monde, de susciter une identification immédiate entre l’opinion publique et la personne frappée, de montrer que la réflexion et la diffusion d’une idée peuvent être punies.
Ce n’est pas une attaque contre des personnages officiels ou contre les institutions, mais contre le seul territoire qui fait de l’Occident une terre encore à part : celui de la liberté d’expression. Si nous n’agissons pas, le silence se fera. Si la mobilisation des personnes et des consciences qui secoue aujourd’hui le monde occidental devait s’éteindre rapidement, après quelques jours d’indignation et une ou deux minutes de recueillement, alors oui, on pourra dire : «Rendez-vous au prochain attentat».
Roberto SAVIANO (écrivain et journaliste italien, auteur de «Gomorra»)



Source Libération: Rendez-vous au prochain attentat - Libération

21 janvier 2015

Virginie Despentes : “Les hommes nous rappellent qui commande, et comment”


Après les attentats, l’écrivaine réagit.

C’est comme un avant-goût. Cette guerre que tous – toutes tendances politiques toutes religions toutes communautés – semblent appeler depuis quelque temps de toutes leurs forces, cette guerre a ce goût-là. Celui des morts avec qui on prenait un café il y a trois jours. Ou des blessés qu’on se préparait à haïr pour un mauvais papier. Et dans un premier temps, ce que l’événement déclenche, c’est l’amour.
Ça joue en plusieurs temps, un trauma, on le sait. Il y a un premier temps, c’est comme une focale qui s’agrandirait jusqu’à la lumière totale – ça dissout l’ego. Il y a eu deux jours comme ça – de plane intense. D’amour total. Au-delà de soi et de ses convictions. J’ai aimé mon prochain pendant quarante-huit heures. Je l’ai aimé en comprenant dans mes cellules mêmes que mon petit point de vue n’était qu’un leurre, une imbécillité morbide. J’ai aimé tout le monde. Même les crétins qui commençaient à radoter que les Arabes ceci ou cela – j’ai aimé les débiles qui se disaient qu’il fallait en finir avec la politique Bisounours (comme si la politique de répression, dans quelque pays que ce soit, amenait à autre chose qu’à une escalade de la violence), j’ai aimé tous les journalistes tous les dessinateurs tout le monde, j’ai aimé les crétins qui n’étaient pas Charlie.
Du mauvais gangsta-rap
J’ai passé deux jours à me souvenir d’aimer les gens juste parce qu’ils étaient là et qu’on pouvait encore le leur dire. J’ai été Charlie, le balayeur et le flic à l’entrée. Et j’ai été aussi les gars qui entrent avec leurs armes. Ceux qui venaient de s’acheter une kalachnikov au marché noir et avaient décidé, à leur façon, la seule qui leur soit accessible, de mourir debout plutôt que vivre à genoux. J’ai aimé aussi ceux-là qui ont fait lever leurs victimes en leur demandant de décliner leur identité avant de viser au visage. J’ai aimé aussi leur désespoir. Leur façon de dire – vous ne voulez pas de moi, vous ne voulez pas me voir, vous pensez que je vais vivre ma vie accroupi dans un ghetto en supportant votre hostilité sans venir gêner votre semaine de shopping soldes ou votre partie de golf – je vais faire irruption dans vos putains de réalités que je hais parce que non seulement elles m’excluent mais en plus elles me mettent en taule et condamnent tous les miens au déshonneur d’une précarité de plomb. Je les ai aimés dans le mouvement de la focale écartée en grand, leur geste devenait aussi une déclaration d’amour – regarde-moi, prends-moi en compte. On ne tire pas sur ce qu’on ne voit pas.
Je les ai aimés dans leur maladresse – quand je les ai vus armes à la main semer la terreur en hurlant “on a vengé le Prophète” et ne pas trouver le ton juste pour le dire. Du mauvais film d’action, du mauvais gangsta-rap. Jusque dans leur acte héroïque, quelque chose qui ne réussissait pas. Il y a eu deux jours comme ça de choc tellement intense que j’ai plané dans un amour de tous – dans un rayon puissant. Beaucoup de choses revenaient. Pas seulement le 11 Septembre. Le témoignage de l’urgentiste faisait écho à celui de cet étudiant survivant du bus dans lequel furent raflés ses camarades, à Iguala. Le blond Breivik, et son massacre sur une île. Les enfants de la maternelle décimés par Merah. Ou les innombrables mass shootings perpétrés aux Etats-Unis.
C’est un dialogue qu’ils ont entre eux. Ce sont les hommes qui veulent la guerre. Je comprends qu’on me réponde “ne mélange pas tout”. Mais il faut comprendre qu’en moi tout se mélange. Je ne parviens pas à faire de différence entre ces différentes façons de mourir. Cette imposition de la volonté de tuer dans des quotidiens qui n’avaient rien à voir avec la guerre. Je crois que ce dialogue cacophonique est international, c’est celui des gens convaincus que les civils non armés doivent vivre dans la terreur. Que c’est comme ça qu’on les gouverne le mieux. Il faut apprendre au peuple à sursauter au moindre bruit, se demander pourquoi on entend une sirène d’ambulance, surveiller l’heure avec inquiétude quand quelqu’un qu’on attend est en retard, et observer nos propres pensées avec méfiance.
La censure est interne, c’est un carcan qu’on incorpore. Ça a commencé par Charlie. C’était presque un an après qu’un autre acharné avait attaqué Libération. Comme si l’un avait été la répétition de l’autre. Pourquoi les journaux, deux fois. Et pourquoi les journaux très marqués à gauche, deux fois ? Je sais bien que ce ne sont pas les mêmes personnes, pour les mêmes raisons – mais l’impact est identique. C’est comme si l’histoire voulait vraiment nous enfoncer quelque chose dans la tête – cette gauche de 68, Sarkozy, Le Pen ou les terroristes armés – on va en finir avec vous.
Défendre la gauche ?
A force, pour les gens comme moi qui étions dubitatifs de l’intérêt de cette gauche, le doute s’instaure : cette gauche aurait-elle plus de sens que ce que nous avions cru ? Ce qu’on veut abattre représente encore quelque chose. Cette gauche momolle et embourgeoisée représenterait-elle quelque chose de suffisamment important pour qu’on veuille en finir avec elle avec autant d’acharnement ? Elle n’est pas un cadavre – on ne se donne pas tant de mal pour déterrer un mort et lui remettre une rafale dans le cerveau. Cette gauche à laquelle j’ai tant de mal à croire serait-elle encore, finalement, la dépositaire de quelque chose qui vaille qu’on s’acharne à ce point contre elle ? De facto, oui. Il y a, éventuellement, dans cette gauche à laquelle il est parfois difficile de s’identifier, quelque chose qui vaut la peine qu’on risque sa vie à la défendre. Dont acte.
J’ai participé à une émission de télé le jeudi soir et au bout de trente minutes, on était partis sur l’islam, et ce n’est pas parce que j’éprouve pour cette religion davantage d’affection que pour les autres, mais je ne sais pas faire le rapport entre ce qui s’est passé et l’islam. Je voyais juste l’ironie absurde du truc : ces mecs de Charlie transformés en martyrs, et l’extrême droite de l’alliance UMP-FN pissant sur leurs tombes. Et oui, ça nous fait bizarre, à nous les judéo-chrétiens – moi, blondasse blanche aux yeux clairs en tête –, de voir que toutes les civilisations ne vont pas s’écrouler en même temps, et notamment la culture musulmane a l’air d’être sur un premier temps quand nous sommes dans les dernières notes de la partition. Après les avoir méprisés dominés humiliés et être nés convaincus de notre supériorité – quitte à se sentir un peu coupables, du coup, mais tellement supérieurs –, oui ça nous fait bizarre de comprendre que nous ne ferons pas partie des forces qui comptent, demain. Ce n’est pas inintéressant mais c’est étrange à vivre, le crépuscule d’une civilisation.
“Du velours pour les investisseurs”
Puis est venu Coulibaly. En deux temps, jeudi matin, la policière, et vendredi après-midi, l’épicerie casher de la porte de Vincennes. Cette fois comme un mauvais remake de Merah – d’abord le fonctionnaire qui ressemble le plus possible à l’assassin, comme effacer une version de soi qui se serait plus intégrée, à qui on aurait confié les armes de la République alors qu’à toi on n’a confié que dalle, crevard, et ensuite les Juifs – et on peut le voir de la même façon, quand même, une version de toi qui aurait mieux réussi. Une saleté de preuve supplémentaire de ta propre nullité : puisque d’autres réussissent à le faire, qui te ressemblent quand même beaucoup, c’est vraiment que t’es qu’une merde, toi et tous ceux qui te ressemblent. Alors crevez tous.
La haine est mon élément premier, je ne suis pas suffisamment débile pour imaginer que c’est vraiment ce qu’ils ont en tête, mais ça marche aussi comme ça, je crois : ce sur quoi on tire, c’est sur la preuve de ce que nous sommes responsables de notre échec. On veut contaminer l’autre de notre sensation de nullité. On veut qu’il sente ce qu’on sent. Et puisqu’il a l’air de se pavaner dans sa belle réussite en refusant d’entendre nos appels, on va s’inviter dans sa réalité, de la façon la moins négociable. En la niant, complètement. C’est fini, pour tout le monde.
J’ai passé quatre jours sur Facebook. C’était d’abord émouvant, tous ces écrans “je suis Charlie”, ensuite c’était un peu chiant, on ne savait plus qui disait quoi et puis il n’y avait pas grand-chose à ajouter. J’ai vu le documentaire The Shock Doctrine tiré de l’ouvrage de Naomi Klein, et c’était édifiant de le voir à ce moment-là. Peut-être parce que Rajoy était à la manif de dimanche et que ce n’était pas difficile de l’imaginer dire aux dirigeants ici : “Vous allez voir, si vraiment vous êtes la cible d’une série d’attaques terroristes, c’est à la fois terrible, évidemment, il faut prévoir beaucoup de costumes noirs et des têtes de circonstances, mais en dehors de ça : du velours, les gars, du velours… si vous saviez comme ETA nous a rendus heureux, nous les dirigeants… et pas seulement pour passer les lois liberticides que nous appliquons aujourd’hui, pas seulement pour nous permettre d’enfermer des gens pour leurs idées, non, c’est bien mieux que ça, le terrorisme : vous croyez que les Français, demain, sont prêts comme ils l’étaient il y a dix jours à réagir contre les lois Macron ? Du velours, les gars, du velours pour les investisseurs…”
Puisque les hommes n’enfantent pas, ils tuent
Sur Facebook, j’ai vu aussi un journaliste demander à une musulmane de se dissocier officiellement des meurtres. Je crois que c’est ça qui a marqué la fin de ma phase “amour pour tous”. On a chacun nos petites obsessions. La sienne, c’est que tous les musulmans doivent payer. On a un peu envie de lui dire, gars, le jour où les rebeus sortiront tous leur kalachnikov des caves pour nous tirer dans la gueule, à la couleur, comme le contrôle de papiers, plus t’as l’air blanc moins t’as de chance de terminer ta journée entier, ce jour-là, tu verras, on sentira la différence. Pour l’instant, je ne vois pas bien pourquoi le monsieur qui vend des légumes au bout de ma rue devrait se sentir plus proche des tueurs que moi. On est tous du quartier des Buttes-Chaumont, on n’y peut rien si c’est dans notre parc que les tueurs faisaient leur jogging. Pas plus le rebeu qui vend ses légumes que moi, on vit dans la même rue, pourquoi lui plutôt que moi ?
On a tous nos obsessions. Celle de ce journaliste, c’est profiter du massacre pour retaper sur les Arabes. La mienne, c’est la masculinité. Je crois que ce régime des armes et du droit à tuer reste ce qui définit la masculinité. Je crois que ce journaliste aurait dû déclarer en préambule qu’il se dissociait formellement de la masculinité traditionnelle. Qu’il ne se sentait pas un homme. Qu’il dissociait sa masculinité de celle des assassins mexicains, norvégiens, nigérians ou français.
Parce que c’est ça, au final, ce que nous vivons depuis une semaine : les hommes nous rappellent qui commande, et comment. Avec la force, dans la terreur, et la souveraineté qui leur serait essentiellement conférée. Puisqu’ils n’enfantent pas, ils tuent. C’est ce qu’ils nous disent, à nous les femmes, quand ils veulent faire de nous des mères avant tout : vous accouchez et nous tuons. Les hommes ont le droit de tuer, c’est ce qui définit la masculinité qu’ils nous vendent comme naturelle. Et je n’ai pas entendu un seul homme se défendre de cette masculinité, pas un seul homme s’en démarquer – parce qu’au fond, toutes les discussions qu’on a sont des discussions de dentelière.
Sinon, la seule préoccupation qu’on aurait, aujourd’hui, pour imaginer un futur différent, ce serait – puisque tous les dirigeants sont là, discutons : quand et comment ferme-t-on les usines d’armement. Quand et comment en finit-on avec votre merde de masculinité, qui ne se définit que sur la terreur que vous répandez ?
Virginie Despentes



































































































































































































































Source: Les Inrocks - Virginie Despentes : “Les hommes nous rappellent qui commande, et comment”

19 janvier 2015

Déprogrammation momentanée de "Timbuktu": le maire s'explique, la productrice du film réagit


"Timbuktu", © Le Pacte via Allociné

Le maire UMP de Villiers-sur-Marne avait décidé de déprogrammer ce film au nom de la lutte contre “l’apologie du terrorisme”. Sylvie Pialat, sa productrice, commente cette déprogrammation et la récente nomination du film aux Oscars.

Les attentats commis en France la semaine dernière ont de nombreuses répercussions, dont cette incompréhensible déprogrammation du filmTimbuktu par la mairie de la commune de Villiers-sur-Marne située en région parisienne.
Selon le Parisien, le maire UMP Jacques-Alain Bénisti avait d’abord déprogrammé le film en affirmant qu’il pouvait “faire l’apologie du terrorisme”, alors que ce dernier a eu un accueil très positif à Cannes, où il était en compétition officielle en mai 2014, puis un joli succès public en décembre 2014 au moment de sa sortie. De plus, il figure parmi les nominés pour l’Oscar du meilleur film étranger. Sous la pression du chef de l’opposition PS, Frédéric Massot, largement relayée par les médias et les réseaux sociaux, le maire a finalement annoncé que la projection du film dans la petite salle municipale d’art et essai de la ville était décalée de quelques semaines.
“La question n’est pas de savoir quel est le message du film”
Contacté par Les Inrocks, Jacques-Alain Bénisti a déclaré :
“Nous avons décalé la sortie du film de quelques semaines. Il faut savoir qu’Hayat Boumeddiene [compagne d'Amedy Coulibaly, ndlr] est originaire de la commune. Au moment des attentats, elle était devenue une héroïne pour certaines personnes issues des communautés. Pour d’autres, elle entachait la réputation de la ville. Ces tensions sont retombées à l’occasion de la manifestation qui a rassemblé 500 personnes, toutes communautés confondues, dans un esprit de sérénité. Il faut aussi savoir que nous avons 4 800 personnes originaires d’Afrique, dont de nombreux Maliens. Dans ce contexte, je ne voulais pas montrer un film aussi violent et aussi proche des événements récents, film que j’avais pourtant moi-même choisi de montrer. La question n’est pas de savoir quel est le message du film. Pour moi, il aurait été déplacé de montrer le film alors que tout le monde est encore traumatisé par les attentats. Mais je ne l’ai pas encore vu, je le verrai ce week-end.”
“Timbuktu est tout le contraire d’une apologie du terrorisme”
Egalement jointe par la rédaction, la productrice du film, Sylvie Pialat a du mal à comprendre cette déprogrammation momentanée :
“J’essaie de comprendre comment on peut décider de ne pas montrer un film qui a été sélectionné aux Oscars et en compétition officielle au Festival de Cannes. Comme si c’était possible que les Etats-Unis aient sélectionné aux Oscars un film qui fasse l’apologie du terrorisme… Je comprends qu’on réagisse à chaud mais ce type de comportement s’apparente à de la censure, ce qui est exactement ce pour contre quoi les gens ont manifesté dimanche. Visiblement, ni le maire, ni aucune personne de son équipe n’a vu ne serait-ce que la bande-annonce du film. Car Timbuktu est tout le contraire d’une apologie du terrorisme, c’est un film apaisant, c’est un des premiers films à tenter de comprendre, non pas le terrorisme, mais ce que représente le fait de vivre sous l’oppression de ces fanatiques qui tentent de vous faire croire qu’ils connaissent votre religion mieux que vous.”
Elle réagit ensuite sur le succès du film et sa nomination aux Oscars :
“Cette nomination va bien au-délà de mes espérances les plus folles. Depuis le début, ce film est une aventure incroyable. Cette nomination, c’est une apothéose. J’en suis extrêmement fière car non-seulement il a reçu de nombreux prix, mais c’est aussi un succès public. Malgré les entrées en salle qui, logiquement, se sont effondrées depuis la semaine dernière, le film a subit moins de pertes que les autres. Nous avons atteint les 550 000 entrées, mais j’aurais déjà été satisfaite à 300 000. C’est vraiment un film qui fait tomber les frontières et qui parle directement au public.”
Timbuktu d’Abderrahmane Sissako est encore visible en salle si vous ne l’avez pas encore vu. Il sortira aux Etats-Unis fin janvier et pourrait remporter un Oscar à la portée symbolique forte.





















































































Source: Les Inrocks - Déprogrammation momentanée de "Timbuktu": le maire s'explique, la productrice du film réagit

Pétition: Mettons fin au règne de terreur de Boko Haram

A la Présidence et aux membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies:

Nous sommes horrifiés par les derniers massacres de Boko Haram au Nigeria. Nous vous demandons de tenir une réunion d'urgence du Conseil de Sécurité des Nations Unies, d'émettre une déclaration présidentielle, et d'adopter une résolution comprenant des mesures pour la protection des civils, pour tenir les forces militaires responsables de leurs violations des droits humains, et pour requérir du gouvernement nigérian de mettre en place les réformes nécessaires pour protéger et servir ses citoyens. Il est grand temps que le monde rende prioritaire sa mobilisation pour résoudre ce conflit brutal.




Boko Haram vient d’utiliser une fillette de 10 ans comme bombe humaine, dans la foulée du massacre de plus de 2000 personnes. Le Nord du Nigeria est sous le règne de la terreur.

Le président nigérian Jonathan n’a pratiquement RIEN dit à ce sujet dans sa campagne électorale, et son armée, au lieu de protéger les civils, alimente l’insurrection par sa cruauté et sa brutalité.

Le monde a mis cette crise dans la catégorie “trop difficile à résoudre”. Le Conseil de Sécurité des Nations Unies n'a même pas émis de déclaration présidentielle.
La seule bonne nouvelle: l’escalade de la violence
 accule la communauté internationale et la pousse à agir au plus vite.

Accentuons cette pression maintenant et convainquons nos leaders et les Nations Unies de tenir une réunion d'urgence du Conseil de Sécurité et de rendre cette crise prioritaire.

Signez cet appel urgent — par égard pour cette petite fille innocente, et pour tous ceux qui, comme elle, sont en danger.




Avaaz - Mettons fin au règne de terreur de Boko Haram

Morts de rire : faire vivre l’esprit Charlie

Morts de rire : faire vivre l’esprit Charlie « Billet dur





"Je vais trahir un secret. Lorsqu’on s’appelle au téléphone, Coco et moi, on a un petit rituel. Au lieu de “Allô ?”, on dit “Hey !!!”, prononcé à l’américaine, comme un mauvais chanteur country ou une barmaid de saloon. Ensuite, immanquablement, on se marre comme des couillons. C’est Coco qui a trouvé ce gimmick, depuis deux ans que nous travaillons ensemble, chaque semaine, pour le meilleur et pour morts de rire le rire sur le Billet dur.

Mercredi midi, quand tu m’as appelé, ma Cocotte, il n’y avait pas de “Hey !!!”. Il y avait des sanglots, de l’effroi, du désespoir, de la panique et de l’incompréhension dans ta voix. L’attaque venait d’avoir lieu, tu étais réfugiée sous un bureau, nous tremblions à l’unisson, incrédules. Tu m’as dit : “Charb est mort, Cabu est mort, Wolinski est mort…”, et c’était comme si des montagnes d’insolence, des Himalaya d’irrévérence, tombaient en poussière. J’ai pris des nouvelles du copain Luz, qui par chance, ce jour maudit, était en retard à la conférence de rédaction.
La suite de l’histoire, malheureusement, on la connaît. Mais, tu sais quoi, on va continuer à pleurer à l’intérieur, mais au-dehors on va aussi continuer à rire. Continuer à être morts de rire pour ceux qui sont morts de nous avoir fait rire. Notamment ici, dans cette page, l’un contre l’autre, on va continuer à faire vivre l’esprit Charlie. On va continuer à s’en prendre aux cons, aux obscurantistes de tout poil et de toutes obédiences, aux prétentieux, aux faux derches, aux experts foireux, aux penseurs mondains, aux tartuffes, aux fachos, à la droite, à la gauche, sans distinction de religion ni de couleur.
La satire, la caricature, l’insolence, on n’a pas trouvé mieux pour désamorcer l’anxiété d’une époque, de toutes les époques, même si on découvre aujourd’hui avec effarement et colère que dans un pays libre et démocratique, on peut aussi mourir pour ça. Le courage immense, admirable, des héros de Charlie, c’est de n’avoir rien cédé, ni concédé, de cette liberté face aux menaces. Le prix terrible qu’ils paient aujourd’hui, c’est à notre crédit à tous qu’ils le mettent. On leur doit de continuer à déconner, y compris des choses qui dérangent, à cultiver l’humour noir tant qu’il y a de l’espoir, le désherbant à connerie tant que pousse le chiendent du populisme et des bigoteries diverses.
Nous sommes Charlie, plus que jamais. On vous embrasse tous, les morts, les vivants, on vous aime. Et ceux qui vous ont fait ça, leurs complices, ceux qui s’en réjouissent, vous savez quoi ? On vous encule. “Hey !!!”"
Christophe Conte
Source Les Inrocks

18 janvier 2015

Jamel Debbouze réagit aux Attentats de Paris 2015

Un témoignage important. Salutaire, même...










17 janvier 2015

Michel Houellebecq: "La liberté d'expression a le droit de jeter de l'huile sur le feu"

Tout est dit et fort bien dit.
Synthétique, convaincant, efficace :




"Nous sommes réunis aujourd’hui pour défendre un “journal irresponsable”, et qui le rappelait régulièrement, en première page. Je suis ici aussi, à titre personnel, parce que Bernard Maris était un ami, et je n’aime pas qu’on tue mes amis. Charlie est plutôt un journal de dessinateurs (ça fait trois fois que je réécris ce texte sur mon carnet, à chaque fois, sans le vouloir, je remets “était”, pourtant quand j’en parle je fais semblant d’être optimiste, mais je mesure le courage qu’il faudra au premier dessinateur qui refera une caricature de Mahomet). Pendant plusieurs siècles, les écrivains ont été en première ligne, en matière de liberté d’expression ; lorsqu’on décide d’écrire on sait qu’on pourra être amené, un jour, à redire certaines choses.

La liberté d’expression est la liberté de communiquer une oeuvre de l’esprit à d’autres esprits. Elle ne saurait, sinon, se voir assigner de mission particulière ; ce serait une contradiction dans les termes. La relation entre l’auteur et son lecteur est unique et personnelle ; elle se tient en dehors des limitations morales et sociales habituelles. La censure, seule instance en droit d’intervenir dans cette relation, est sous la responsabilité de la collectivité tout entière ; elle ne saurait être exercée par aucun individu, ni aucun groupe. La liberté d’expression n’a pas à s’arrêter devant ce que tel ou tel tient pour sacré, ni même à en tenir compte. Elle a le droit de jeter de l’huile sur le feu. Elle n’a pas vocation à maintenir la cohésion sociale, ni l’unité nationale ; le “vivre ensemble” ne la concerne nullement. On ne saurait lui enjoindre de se montrer responsable ; elle ne l’est pas. Ces différents points ne sont pas négociables"
Michel Houellebecq


Source:
Les Inrocks - Michel Houellebecq: "La liberté d'expression a le droit de jeter de l'huile sur le feu"

13 janvier 2015

Impardonnables...

JE SUIS CHARLIE

(Pour la vie)


Sortie le mercredi 14 janvier 2015
(Tirage 3 millions d'exemplaires)

12 janvier 2015

Marine Le Pen vous n’avez pas honte ?

Malheureusement la honte ne tue pas...



Marine Le Pen : "honte de quoi ?" by Europe1fr

La terreur est-elle une "Valeurs Actuelles" ?

Sorti au lendemain de l'attentat qui a fait  10 morts à Charlie Hebdo et 3 morts dans la police et à la veille de l'assassinat de quatre personnes durant la prise d'otage du magasin kasher, quand un organe de "presse" répond au terrorisme par la propagande de la terreur cela donne un pur produit de presse poubelle aux "vertus" laxatives et  vomitives puissantes et avérées.
Peut-on encore là parler de "valeurs" et celle ci sont elles vraiment "actuelles" ou appartiennent elles à d'autres temps ou la propagande fasciste faisait flores ?
Mon avis est clair.
JE SUIS CHARLIE ET JE CHIE SUR LES TERRORISTES DE TOUS POILS (y compris ceux de la presse française.)




11 janvier 2015

Inglorious basterd

The Birds - 1963

The Time Machine - 1960

 Inglorious basterds - 2009

Rod Taylor
1930 - 2015


MARCELLO !!!


Anita Ekberg
1931 - 2015


JE SUIS CHARLIE