30 mars 2015

Les yeux plus gros que le ventre...


 

Le moins qu'on puisse dire est que Tim Burton tenait vraiment là un sujet en or et que le scénario de Scott Alexander et Larry Karaszewski possédait le potentiel pour un grand film sur la manipulation, l'imposture, l'exploitation et la domination. Hélas, ce beau costume semble dès les premières minutes bien trop grand pour le talent clairement en berne, cette fois, du merveilleux réalisateur d'Ed Wood.
Pour commencer, jamais il ne parvient à diriger correctement Christof Waltz qui, à trop cabotiner, devient aussi insupportable que peu crédible dans le rôle.
Pire, l'acteur, en roue libre, finit par totalement parasiter le film qu'il cherche, de toute évidence, à dévorer, quitte à devenir lui même la caricature de son sujet.



En face de lui se tient une Amy Adams comme toujours parfaitement juste mais dont la tonalité de jeu apparait en total décalage - par sa subtilité même - avec l'outrance de l'acteur allemand. Du coup, on peine à croire à la véracité de ces situations pourtant basées sur des faits réels.
Burton semble par dessus le marché assez impuissant à imposer un ton pertinent à son travail. Le film balance ainsi entre comédie de l'imposture, chronique plus tragique d'un vampirisme de couple et il rate même très bêtement un virage, pourtant évident, vers le thriller de la domination et du harcèlement conjugal en l'expédiant en une scène loupée ou Waltz en mode Tex Avery jette des allumettes par le trou de la serrure: d'un côté de la porte c'est du cartoon pur, de l'autre côté c'est la tragédie et même l'horreur qui se heurte à cette farce... Et la mayonnaise tourne irrémédiablement à ce moment du film, qui s'achève dans d'interminables scènes de procès ou Waltz qu'on croyait pourtant déjà au maximum se transforme en un Luchini faisant son numéro comique sur le plateau d'On n'est pas couché, peinant à nous tirer même un sourire et continuant d'éclipser à la fois le vrai sujet du film et la performance de sa partenaire.


On pourrait m'opposer que l'idée de confronter ces deux méthodes de jeu était la meilleure façon de rendre à l'écran l'opposition fondamentale entre les deux personnages, mais le problème est que - loin d'atteindre ce "concept", faute d'inspiration -  le film ne devient rien d'autre que l'image même de Keane: feignant d'attendre une "muse" qui ne viendra jamais, souffrant d'une contracture musculaire l’empêchant de peindre.


Le film devient alors aussi pathétique et embarrassant que le personnage, à la fois dans son impuissance à créer que dans sa manière de brasser beaucoup de vent (de kitsch, de couleurs saturées, de décors ripolin 50's, les ridicules effets "big-eye" sur les figurants, etc) pour n'accoucher que d'un minuscule résultat...
On se prend alors à imaginer l'autopsie féroce de la relation vampirique d'un couple qu'aurait pu en tirer Barbet Schroeder ou mieux encore on rêve du chef d’œuvre absolu qu'un génie comme Milos Forman (pour lequel ce scénario semble avoir été écrit !) aurait pu créer à partir d'un matériau aussi riche...
Hélas, depuis La Planète des singes, Burton n'avait plus été autant en panne d'inspiration, se débattant mollement dans un costume taillé beaucoup trop grand pour lui...


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