22 février 2016

Jeu de massacre



Qui eut cru que le Found Footage, genre quasiment mort-né et en tous cas largement moribond était encore capable de se renouveler ?
Qui aurait pensé que Jason Blum, fossoyeur de luxe de teen horror movie, était capable, même sans le faire exprès de produire une œuvre aussi singulière ?
Qui aurait pensé que des années après la tentative heureuse de Romero - dans l'excellent, visionnaire et très sous-estimé Diary of the dead - d'inclure tous les médias modernes à un récit horrifique  pouvait encore donner un résultat original, loin d'être idiot et ne nivelant pas le récit par le bas ?
Honnêtement pas moi et avant de le voir, j'avoue que je ne donnais vraiment pas cher de la peau de ce que je peinais par avance à considérer même comme du cinéma.



Et pourtant, dès les premières minutes, il s'opère quelque chose de visuellement très puissant dans le déploiement de ce cadre toujours fixe de l'écran d'un ordinateur qui se met à grouiller littéralement de sources d'images et de sons, conservant en prime toutes les altérations du support (image sous ou sur-exposée, buffering, parasitages et déformations de l'image comme du son...).
Tout cela reste évidemment un petit film d'horreur, visant essentiellement un public adolescent et ne cherchant probablement pas à révolutionner le genre et pourtant, dans ce déferlement, jusqu'à saturation, de médias (tous y passent, Facebook, Google, Chatroulette, Skype, Spotify, Messenger, Youtube, Twitter, etc...) et d'images mosaïquées, de sons saturés, de cris et de parasites sonores, il se produit incontestablement quelque chose de fort, de nouveau et de visiblement maitrisé par le réalisateur. Une nouvelle conception d'un procédé à priori limité - le "split-screen" - qui, ici associé à un autre procédé sérieusement bâtard - le "found-footage" - finit non seulement par accoucher de véritables plans de cinéma mais aussi par faire souvent sens...



En dépit d'un récit classique de hantise et de vengeance, le film parvient souvent à imprimer fortement la rétine et il nait de ce déluge surnaturel et faussement incontrôlé d'images et de sons un vraie sensation tantôt de malaise (en évitant la nausée des tremblements du cadre de presque tous les found footage) tantôt d'une ironie mordante et salutaire, devenue rare dans le genre contemporain (qui lui préfère souvent un second degré ronronnant).




Progressivement, dans ce récit ludique, le "jeu de massacre" s'installe et chaque personnage qui se croit protégé derrière son écran finit par tomber le masque, de la perte des inhibitions sexuelles qu'évoque l'introduction du film jusqu'à la perte du contrôle de soi-même et/ou de l'image qu'on projette de soi, menant les personnages un à un vers une mort violente.
Rares sont les séries B apparemment modestes et strictement commerciales qui peuvent encore se targuer de proposer une certaine nouveauté et une vraie inventivité dans leur domaine...
Unfriended sans pouvoir prétendre révolutionner le genre, s'offre au moins le luxe de le revisiter d'une manière assez originale et très maitrisée, ce qui aide largement à passer outre les facilités scénaristiques et un casting inégal (à l'exception de la jeune Shelley Hennig, déjà vue - mais forcément pas repérée - dans le crétin Ouija, ici impressionnante de bout en bout).

Recommandé, donc...





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