21 février 2016

Le cauchemar de Füssli





Oui, la photo est sublime, oui la mise en scène est solide et le montage brillant, oui, Murray Head et Catriona MacColl sont très bon et, oui, les séquences de rêves sont étonnantes... mais hélas, au terme de la projection, le sentiment qui domine reste la déception...

Essentiellement parce que ce séduisant objet filmique ne semble jamais dépasser l'exercice de style un peu vain et ne parvient jamais à pousser son sujet à l'universel. La maternité, la filiation, le gémellité, la mort, ces thèmes semble en effet n'apparaitre - en fin de parcours - que comme des résolution d'un récit qui serait, sans ça, peut-être trop purement formel et risquerait de lâcher son spectateur. 

On aurait pourtant aimé se perdre dans ce cauchemar de Füssli et voir le film plonger dans l'expérimental total, suffisamment confiant dans sa puissance évocatrice et sa force narrative pour ne pas épouser cette forme de narration somme toute classique (début, milieu, mystère, fin, résolution...) et s'affirmer effrontément comme un véritable OVNI dans la production fantastique française. En l'état, on ne peut nier les multiples qualités du film mais on peine à s'y laisser absorber vraiment.



On s'ennuie même parfois, les yeux éblouis mais le cerveau un peu ramolli et il faut ajouter que la jeune Lily-Fleur Pointeaux, bien que fort jolie, manque singulièrement de charisme et démontre trop souvent les limites de son talent. Et comme elle doit porter le film entier et qu'elle est quasiment de chaque plan, on ne peut que constater tristement qu'elle peine à donner de la folie à son personnage. On rêve alors d'une actrice "possédée", une sorte d'Adjani jeune de Possession ou Nosferatu dont le regard nous aspirerait littéralement dans ses délires oniriques et qui donnerait au film un dimension abyssale.



Mais, hélas, malgré tout le bien qu'on peut penser de cette œuvre incontestablement originale et plutôt maitrisée, le sentiment qui domine reste la déception et même une certaine frustration.
Reste qu'on a là un premier film qui semble augurer du meilleur concernant ce jeune réalisateur et également démontrer l'incroyable ambition affichée par Starfix Films qui impose d'emblée une volonté de hisser le fantastique français à un niveau d'exigence quasiment inédit dans l’hexagone.


A suivre, donc...

Johann Heinrich Füssli - Le Cauchemar - 1781



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