21 février 2016

Prendre femme(s)





Autant annoncer de suite la couleur, tout amateur de subtilité et de bon goût en sera pour ses frais avec ce pur divertissement kitschissime tourné 100% en décor pas réels, en cinémascope et technicolor devant d'incroyables fond peints les plus "fake" imaginables...



Autant préciser également que le ton du film et son récit risquent fort de défriser tou(te)s les féministes même modéré(e)s tant il transpire de chaque plan un éclatant machisme 50's bon teint et furieusement décomplexé qui ferait presque passer Eric Zemmour pour une FEMEN...



Et pourtant, le plaisir évident de Stanley Donen à filmer une aussi éclaboussante vulgarité et le talent qu'il déploie à filmer l'épique bordel que sème les sept grands, virils et rouquins couillons sur leur passage, dans leur quête maladroite pour passer la bague au doigt de sept pucelles hystériques et tout aussi crétines, force peu à peu la sympathie et même l'enthousiasme:
En effet, difficile de résister aux incroyables scènes organisant la danse, le désordre et la baston dans de joyeuses chorégraphies.



Impossible de ne pas s'amuser de la maladresse de ces jeunes hommes mal dégrossis, crasseux, bagarreurs et mal élevés, de la nunucherie ébahie, des minauderies et des cris d'orfraie des "sabines" qu'ils enlèvent, trop idiots pour savoir les attirer par une séduction dont les codes leurs échappent, préférant alors les "prendre"... de force.
On notera d'ailleurs que - l'air de rien - au détour d'une anodine lecture aux jeunes femmes, Milly, la seule épouse légitime, leur rappellera que la tradition du mari portant son épouse sur le seuil du foyer conjugal découle directement de ce mythe romain de L'enlèvement des Sabines. Doit on lire ici que le film serait finalement plus subversif qu'il n'y parait en décrivant un jeu de dupes entre époux ou - d'un coté - l'homme prétend soumettre la femme à sa loi tout en étant au final totalement menés par le bout de la barbe par leur promises et - d'un autre coté - la femme prétendument naïve s'imaginerait mener la barque alors qu'au final elle n'honore qu'un contrat faisant d'elle une super-intendante et une mère... ?



Un jeu où chacun penserait domestiquer l'autre mais ne serait au fond que l'esclave du mariage lui même...???
Taratata, ne cherchons pas midi à 14h et n'oublions surtout pas le véritable génie qu'avait su démontrer Stanley Donen quelques années plus tôt avec l'immense Chantons sous la pluie ni les trésors de subtilités dont il se montrera capable avec des bijoux aujourd'hui un peu méconnus comme L'Escalier ou Voyage à deux et replaçons ce tout petit film à sa juste place...
Cette réjouissante couillonnade n'a de toute évidence aucune autre ambition que celle de surfer sur les clichés les plus éculés du mariage, de la féminité et de la virilité jusqu'à les essorer pour plaire au plus grand nombre du public des ces années là quitte à se vautrer un peu dans la facilité.
Le public d'aujourd'hui reste alors libre de rejeter le film en bloc pour ce qu'il représente, d'y poser peut-être un regard sociologique et historique plus ou moins bienveillant ou bien il peut même bêtement s'y abandonner avec délice.



Il peut même, éventuellement, comme je le fais, théoriser de la manière la plus fumeuse pour justifier qu'il puisse aimer autant un objet aussi désuet et couillon (mais pas dénué d'une certaine cruauté)...
Cette curiosité trouvera facilement son public chez les amateurs de comédies musicales américaines 50's...



Les sept femmes de Barberousse - Trailer par enricogay



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