10 mai 2017

Eloge du loser






Je suis triste... triste de voir échouer cette nouvelle comédie d'une réalisatrice dont j'aime et j'admire le travail et qui dans le genre avait précédemment touché à l'excellence (le merveilleux La famille Wolberg et le très sous-estimé Tirez la langue, Mademoiselle), car quoi de plus triste qu'une comédie qui échoue à faire rire ou à amuser pleinement.
D'autant plus attristant que tous les ingrédients semblaient bel et bien réunis pour faire mouche et à l'arrivée, malgré un scénario globalement plutôt bien écrit (mais pas très bien dialogué...), des vrais bonnes idées de comédie et des acteurs bourrés de charme, l'ensemble patine constamment et peine à convaincre et à encore plus à dérider...
Comme un goût de moussaka froide...



Lorsque qu'une comédie démarre en mode diesel, difficile ensuite de réamorcer l'envie de se poiler... La mise en place de vaudeville moderne, dans une communauté bobo-parigo-grecque est étrangement la plus laborieuse et peine à convaincre. Pas que Ropert cherche à en faire une peinture réaliste, loin de là - aucun recherche de naturalisme et encore moins de réalisme dans ce film - mais simplement parce que nombre de personnages secondaires sont mal écrits ou médiocrement incarnés par des acteurs en roue libre (le producteur de musique grecque, le conseiller Pôle-Emploi, l'addictologue... entre autres) problème de taille, il faut bien le dire...
Et puis la mécanique du rire peine également à s'enclencher du coté de la comédie romantique qui ne décolle que très tardivement, alors qu'elle prend une tournure plus dramatique, dans la toute dernière partie du film, non pas que l'idée de la (fausse) cécité soit mauvaise, bien au contraire, mais elle est tellement maladroitement et péniblement amenée qu'on a du mal à adhérer à la suite du récit, trop laborieux.



Les dialogues paraissent alors extrêmement ampoulés, parfois artificiellement décalés et tout sent l'effort, jusqu'au travail des acteurs qui semblent déployer alors davantage d'énergie pour compenser la faiblesse des dialogues ou le bancal des situations...
Mélanie Bernier est vraiment délicieuse et on comprend ce qui a motivé le choix de cette jolie et talentueuse comédienne mais c'est hélas chez elle que l'on sent le plus ce déploiement d'énergie, parfois - du coup - pas très loin de la minauderie.



Les deux garçons s'en sortent un peu mieux, surtout Bastien Bouillon qui n'en finit plus d'être une révélation mais c'est du coté de deux personnages (trop) secondaires que vient le vrai salut et un véritable regain d'intérêt: celui du voisin rockeur (le toujours parfait Serge Bozon) et surtout celui de Nicolaï (Swann Arlaud) superbe et émouvant personnage amoureux éperdu mais éconduit digne d'une grande tragédie. C'est hélas trop peu et surtout trop tard pour sauver les bonnes - et parfois très bonnes - idées du scénario du naufrage...



La principale sacrifiée étant le personnage de Chloé Astor, sœur dépressive et "addict" de Mélanie Bernier et également des idées pas menées jusqu'au bout (l'idée de filiation, du poids de nos ancêtres, donnant pourtant une des plus belles scènes du film...) ou de manière un peu lourdingue (la communauté grecque parisienne) ou superficielle (la cécité).

Restent de jolis idées (les graffitis dans l'ascenseur, l'inversion des talents musicaux des deux frères, les robes - de tapineuse ou de patineuse - survendues à une aveugle par une vendeuse peu scrupuleuse, la salade sur les dents, les parfums...) mais trop diluées, éparpillées ou bâclées dans une mise en scène mal rythmée et vraiment trop peu inspirée pour vraiment forcer l'adhésion.
Il y avait tout dans La Prunelle de mes yeux pour que je l'aime et - à l'arrivée - j'y suis resté très souvent extérieur et - hélas - beaucoup trop "spectateur"...

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